Archives du blog

mardi 6 avril 2021

Jacques le Français / 24 de ani in Gulag

 


A la fin de sa longue vie, Jacques Rossi avait pu retourner à Moscou, devant la prison de la Loubianka où il avait été détenu en 1937. 

Jacques Rossi, le Français qui a fait 24 ans de goulag

27/11/2018

Par Sébastien Lopoukhine

 

Jacques Rossi était le Français du goulag. Comment ce communiste sincère, agent du Komintern, qui était prêt à "se jeter du haut de la tour Eiffel si le parti le lui demandait", a-t-il fini par passer vingt-quatre ans dans les camps de Staline ? Retour sur un destin hors du commun. 

Lorsqu’ils ne mouraient pas de faim, de froid ou d’épuisement, les séjours des prisonniers dans les camps étaient prolongés par des exils forcés dans d’autres régions de l’Union Soviétique. Institution à broyer les hommes, le goulag a détenu vingt millions de personnes selon l’historien Nicolas Werth. Certains ont eu la chance de revenir vivants et parmi eux, des prisonniers devenus célèbres comme Alexandre Soljenitsyne dont on s’apprête à fêter le centième anniversaire, ou Varlam Chalamov. Avec leurs œuvres devenues universelles, ils ont tenté de raconter l’expérience du goulag, cette "école négative de la vie". À côté de ces monuments, figure un Français, quasi inconnu : Jacques Rossi. Il aura passé vingt-quatre ans de sa vie dans les camps. Vingt-quatre années durant lesquelles il aura tout enduré, tout consigné et espéré pouvoir revenir un jour en France. Il est un grand témoin du XXe siècle et son histoire est extraordinaire.

 

Les principaux camps du Goulag entre 1923 et 1961. Photo que l'on peut voir au musée du goulag à Moscou

 

Né à Bourg-en-Bresse en 1909, Jacques Rossi se souvient du "plus jamais ça" qui suivit la Première Guerre mondiale. Il vit alors à Varsovie avec sa mère et son beau-père. Très jeune, il prend conscience des injustices sociales et à 17 ans, il s'inscrit au PC polonais clandestin. Jacques Rossi se sent investi d'une mission de militant révolutionnaire : renverser l'ordre bourgeois et capitaliste. Condamné à neuf mois de prison pour avoir distribué des tracts antimilitaristes et pro-bolcheviques, Jacques Rossi est approché par le Komintern à sa libération. Ses dons de polyglotte (il parle dix langues) lui permettent d'être recruté. Il adhère alors corps et âme à la Révolution prolétarienne.

Il va sillonner l'Europe sous des identités d'emprunts, "des documents cachés dans ses chaussures", remplissant mille missions secrètes, avant d'être subitement "rappelé au village", alors qu'il se trouvait, agent clandestin, derrière la frontière espagnole. Arrivé à Moscou, il est arrêté, interrogé et torturé. Condamné pour "espionnage au profit de la France et de la Pologne", Jacques Rossi est happé par le Goulag jusqu'en 1961... Son dossier ressemble à celui de millions de goulagiens : monté de toutes pièces. Jacques Rossi ne reviendra en France qu'en 1985 avec, dans ses bagages, un manuscrit écrit en russe, Le Manuel du Goulag, qui paraît en France en 1997. 

En 1999, le producteur Jean-Marc Turine réalisait une série de cinq entretiens avec ce grand témoin du XXe siècle.

Vers plus de justice sociale dès... 12 ans

C'est de son enfance marquée par la Grande Guerre et le "Plus jamais ça !" qui suivit, dont s'entretenait Jacques Rossi dans le premier volet de ces entretiens. Né en France mais élevé en Pologne dans une famille bourgeoise, cet enfant plutôt chétif, épris de justice sociale, va se montrer très vite attiré par la pensée révolutionnaire.

Je me souviens de ces mots des grandes personnes, les yeux levés vers le ciel : "Plus jamais ça !". Ça m’a vraiment impressionné. Je ne savais pas que c’était vraiment la guerre, j’étais dans une famille qui était assez bien matériellement, mais j’ai retenu ces mots et je crois que c’est ainsi que je peux expliquer cet engouement pour la gauche. C’était l’idée de se mettre du côté de celui qui est maltraité, faire en sorte que les guerres ne se répètent plus. Je me souviens vaguement que les grandes personnes parlaient de cette Russie, de ce Lénine qu’on ne connaissait pas. C’était très exotique, nouveau. La justice sociale, je la connaissais déjà à 12 ou 13 ans car je lisais mon Rousseau assez tôt. Le changement entre Varsovie et la France me permettait d’apercevoir des changements, des contrastes sociaux. Dans les terres de mon beau-père polonais, une vieille paysanne venait me baiser la main ! C’était en 1920 peut-être. Je ne crois pas que ce soit encore possible aujourd’hui. C’est tout à fait normal que je devins communiste. Le parti était illégal, alors on n’adhère pas. C’est le parti qui vous regarde, de loin, de près et puis il vous propose. C’était mon cas. J’étais tout à fait fier !

Le "rappel au village" : le retour à Moscou

"Rentrez au village !" À l'écoute de son émetteur clandestin qui le relie au Komintern, alors qu'il est en mission en 1937 en Espagne, Jacques Rossi comprend tout de suite qu'il est soudainement rappelé à Moscou, sans qu'aucune raison lui soit donnée. Sa camarade Maria, qui joue le rôle de son épouse au cours de cette opération, tente de l'en dissuader. Nous sommes en pleines purges en Union Soviétique, et elles moissonnent. Mais un soldat du prolétariat ne discute pas les consignes. Sa vie bascule. Jacques Rossi relate la répression au sein du parti communiste, et nous fait part de ses convictions intimes.

Jacques Rossi, de l'idéal communiste au goulag : Le "rappel au village" : le retour à Moscou

Quand on vous envoie innocent dans les camps, vous retenez tout ce qui est écrit sur les billets qu’on vous a laissé voir. On a été plus de 600 expédiés lors d’une même séance. Et plus tard, lorsque que j’ai été envoyé dans les camps de Norilsk, là j’ai rencontré encore d’autres centaines et centaines qui avaient été jugés par la même session de cette commission. Si à cette époque j'avais soupçonné mon meilleur camarade de trahison, certainement je l’aurais dénoncé […]. Pourquoi la purge ? Il fallait des boucs émissaires pour expliquer pourquoi le projet ne marchait pas. On arrêtait dans toutes les sphères : les beaux-arts, l’industrie, l’agriculture… Il fallait montrer à l’opinion publique qu’il y avait des ennemis du peuple, expliquer aux Soviétiques, pourquoi, vingt ans après la victoire de la plus grande révolution mondiale, ils vivaient dans cette misère.

Goulag, un chapitre occulté de l’histoire soviétique

La déportation au goulag

Arrêté à la veille de son mariage, accusé d'espionnage, condamné sans jugement comme des millions d’autres, Jacques Rossi est déporté vers le goulag par un train spécial. "Moi, je n'étais pas victime du stalinisme parce que j'étais pour Staline !" explique Jacques Rossi qui face à cette machine monstrueuse ne peut se résoudre à y croire. Il écope d'une première condamnation à huit ans. À partir de là, il va passer par toutes les phases de la décontamination idéologique : "Mon arrestation, c’est sûrement une erreur !" pense-t-il d'abord. Puis : "Staline ne peut pas être au courant !". Douloureuse décantation, au regard du formidable espoir suscité par le communisme chez des millions d’hommes de bonne foi... Dans ce troisième entretien, Jacques Rossi revient, entre autres, sur les conditions de vie qu'il a endurées :

Jacques Rossi, de l'idéal communiste au goulag : La déportation au goulag

Appliquer la norme de travail strictement, ça veut dire vous tuer. Tuer lentement. Si vous devez faire un travail pour lequel vous n’êtes pas qualifié, ou bien pour lequel vous êtes trop faible parce que mal nourri, mal vêtu et que nous n'y parvenez pas, le lendemain, vous recevez une ration de pain un peu moindre pour vous punir. Après ça, votre rendement baisse encore, vous recevez alors une plus petite ration jusqu’à ce que vous creviez de faim. Il n’y a rien à faire, il ne peut pas y avoir de miracle. On était très mal vêtus. Les vêtements que l’on portait étaient en coton, doublé. C’est pour ça qu’en hiver, lorsqu’il faisait moins vingt à moins quarante degrés, il fallait toujours travailler, car dès que l’on s’arrêtait, on gelait. Toutes les deux heures, nous avions le droit de nous chauffer pendant cinq minutes près d’un feu.

Survivre au camp, l’amour des hommes, la part de Dieu

La "libération" du camp, direction Samarkand

6 mars 1953, mort de Staline. Entre le 6 et le 9 mars, jour de ses obsèques, le Père des peuples emportera avec lui dans sa mort plus de 1500 hommes et femmes, piétinés ou étouffés victimes de scènes d’hystérie collective. Khroutchev arrive au pouvoir et le XXe congrès du Parti communiste en 1956 amorce la "déstalinisation" de la société russe. En cette période tumultueuse et incertaine Jacques Rossi a 47 ans, dont 19 passés au goulag. Il est théoriquement libéré et ramené à Moscou : "_C’était la première fois depuis depuis 1937, soit presque vingt ans auparavant, que j’étais semi-libre"_. Mais le système n'en a pas fini avec lui... Jacques Rossi est en fait "soi-disant libéré" et il faut se décider car une personne qui ne peut justifier d’un domicile fixe est "gouléguisable". Il faut choisir un lieu de résidence.

Jacques Rossi, de l'idéal communiste au goulag : La "libération" du camp, direction Samarkand

- Où vous-voulez aller ?                               

- Moscou                               

- C’est interdit                               

- Alors Leningrad                               

- C’est interdit                                

- Odessa                               

- C’est interdit                               

J’ai cité une une quinzaine de villes dont j’avais entendu parlé, mais la réponse ne variait pas. Alors pour gagner du temps, j’ai demandé poliment : Pourriez-vous me donner la liste des villes autorisées, parce que l’URSS, c’est grand.                               

- Impossible, cette liste est secrète.                               

Finalement comme j’étais orientaliste de formation, à la quarantième ou cinquantième ville, j’ai dit Samarkand. "Oui, ça va" a répondu le sergent. Située à 5000 km, ce n’est pas la ville où j’aurais voulu aller pour me rendre à Paris (rires).

La vie après le goulag, après l'URSS

"Je vais peut-être me vanter excusez-moi, mais je crois avoir résisté un peu. Je ne suis pas cassé il me semble." Au cours de cet ultime entretien Jacques Rossi, qui a 90 ans lors de l’enregistrement de cette conversation, fait le bilan de sa vie, et donne son avis sur le régime soviétique avec cet humour si particulier qui lui a permis de tenir peut-être, d’avoir le courage de renoncer à ses illusions sans nul doute.

Jacques Rossi, de l’idéal communiste au goulag : La vie après le goulag, après l'URSS

La vie n’a jamais été interrompue. J’ai rencontré des gens qui étaient en prison et qui avaient pris l’habitude de dire, ce sont des années perdues. Je crois que si vous avez des choses dans votre cœur et dans votre tête, vous vivez tant que vous respirez. Ce n’est pas toujours commode bien sûr. Vous vous êtes gâtés, vous vivez dans le luxe du premier monde, le monde développé. Si bien que s’il vous manque quelque chose, vous êtes malheureux. J’ai appris beaucoup de choses au goulag. Tout d’abord combien on est rien. Avec tous les services dont nous disposons ici en France, santé, etc… on est convaincus de notre importance. Mais si on a l’expérience du tiers-monde, ce qui n’était pas mon cas puisque j’étais au goulag, mais ça y ressemble, on finit par comprendre que l’on est rien du tout. Du moment où on a le droit de respirer, c’est déjà quelque chose (rires). Je n’ai pas repris ma vie en sortant, c’est votre conception. Si vous avez votre contenu dans votre cœur, dans votre esprit, vous vivez toujours. L’homme est un animal comme les autres, il veut survivre.

https://www.franceculture.fr/histoire/jacques-rossi-a-la-decouverte-du-vrai-visage-du-communisme

=================================================================

Jacques Rossi

Jacques Rossi
Description de cette image, également commentée ci-après
Photo et documents de Jacques Rossi
Nom de naissanceFranz Xaver Heymann
Naissance
BreslauDrapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Décès (à 94 ans)
ParisDrapeau de la France France
Activité principaleRomancieruniversitaire
Auteur
Langue d’écritureFrançaisPolonais

Œuvres principales

Jacques Francois Rossi, né Franciszek Ksawery Heyman, le  à Breslau et mort le  dans le 13e arrondissement de Paris, est un communiste polonais, naturalisé français. Après avoir passé plus de vingt ans au Goulag, il a témoigné de son expérience dans les livres Qu'elle était belle cette utopie!Le Manuel du Goulag et Jacques, le Français.

Biographie

Franciszek est le troisième enfant de l'architecte polonais Marcin Heyman et de Léontine Charlotte née Goyet, une Française native de Bourg-en-Bresse qui était gouvernante dans la maison des Heyman à Kalisz.

Après que la Pologne a recouvré son indépendance, la famille Heyman quitte Breslau (devenue Wrocław) et s'installe à Varsovie en 1920. Sa mère meurt cette année-là, tandis que son père devient préfet à Kutno, avant de devenir directeur du département d’urbanisme au ministère de l’Enseignement supérieur. Franciszek fait ses études secondaires au lycée.

En 1926, à 17 ans, Franciszek s'inscrit au Parti communiste polonais clandestin. L'année suivante, il est interné pendant six mois pour avoir distribué des tracts antimilitaristes et pro-bolcheviques. Approché par le Komintern à sa libération pour ses dons de polyglotte (il parle dix langues), il est recruté et part pour Moscou en 1929.

L'engagement devient son métier: Rossi ayant le don des langues, il devient agent de liaison soviétique, sillonnant l'Europe de l'entre-deux-guerres sous des identités d'emprunt, « des documents cachés dans ses chaussures », remplissant mille missions secrètes. Après une mission derrière les lignes franquistes en Espagne en 1937, il est rappelé en URSS, arrêté et condamné à huit ans de travaux forcés. Envoyé au goulag à Norilsk2, il en ressort en 1955 pour être assigné à résidence à Samarcande jusqu'en 1961, date à laquelle, après une grève de la faim, il obtient son visa pour la Pologne.

En , Franciszek Ksawery Heyman change de nom pour devenir Jacek Franciszek Rossi. Naturalisé français le , il adoptera le nom Jacques François Rossi.

De 1964 à 1977, Jacek Rossi donne des cours de langue et de littérature française à l’Université de Varsovie. Après avoir pris sa retraite, il effectue de nombreux séjours en France, au Japon et aux États-Unis, et se marie avec la traductrice Regina Gorzkowska.

Il se réinstalle en France en 1985 après avoir travaillé aux Etats-Unis sur The Gulag Handbook, publié en 1989 et préfacé par l'historien Robert Conquest. En 1997, son Manuel du goulag est publié en France. En 1999, le producteur Jean-Marc Turine réalise une série de cinq entretiens avec ce grand témoin du XXe siècle.

Après plusieurs accidents vasculaires cérébraux, il est accueilli en 2001 dans une maison de retraite gérée par des religieuses polonaises à Paris, l'Œuvre de Saint-Casimir, où il meurt trois ans plus tard.

Œuvres

  • Le Manuel du Goulag (traduit en collaboration avec Sophie Benech et Véronique Patte), Le Cherche midi éditeur, 1997
  • Fragments de Vies (en collaboration avec Sophie Benech), Elikia, 1995, devenu :
  • Qu’elle était belle cette utopie !, Le Cherche midi éditeur, 2000 et une version augmentée Pocket en 2002.
  • Jacques le Français - Pour mémoire du goulag avec Michèle Sarde, Le Cherche midi, 2002

Cinéma

Théâtre

Une pièce de théâtre lui a été consacrée : Ce que j'ai vu et appris au Goulag, de Judith Depaule / Cie Mabel Octobre.

Bibliographie

Guillaume Malaurie, « Jacques Rossi, le miraculé du goulag », L'Express, 22/01/1998, pp. 160–161.
===============================================================



Les prisonniers du goulag envoyés pour faire des travaux sur la rivière Izhma en 1929. 
=================================================================
LA MARCHE DE L'HISTOIRE
Vendredi 1 décembre 2017 par Jean Lebrun

C’est une chance d’avoir rencontré ce vieux monsieur souriant, disponible, à la belle élocution précise. A la fin de sa longue vie, il avait pu retourner à Moscou, devant la prison de la Loubianka où il avait été détenu en 1937. La Grande Purge stalinienne de cette année-là l’avait enfermé pour 24 ans en URSS : deux ans en cellule, sept en relégation et le reste dans des camps du GOULAG. Avant le départ du pays, enfin, en 1961.

L’anniversaire de 1917 fait que l’archipel du GOULAG revient un peu au jour. Vingt millions de détenus, estiment Nicolas Werth et Luba Jurgenson dans la somme qu’ils viennent de publier chez Bouquins. La destination des camps soviétiques n’était pas la mort comme dans le nazisme mais la vie n’y avait nulle valeur. Quatre millions de morts, échelonnées sur une durée beaucoup plus longue que celle du nazisme. Jacques Rossi disait : « Le nazisme était à l’épicentre de l’Europe, l’URSS à la périphérie, les Occidentaux ont toujours eu tendance à y jeter un regard teinté d’indifférence coloniale. » Une preuve parmi tant d’autres : le livre très singulier qu’il imagina pendant sa détention et mit au point après sa libération eut beaucoup de difficulté à paraître dans notre pays. Ce fut fait, enfin, en 1997. Un autre anniversaire. Son titre: le Manuel du GOULAG. Une encyclopédie technique, des centaines d’articles écrits froidement, sans émotion sur le plus vaste ensemble de travail forcé du XXème siècle.
==============================================================
Jacques Rossi, LE MANUEL DU GOULAG. Dictionnaire historique, Cherche-Midi, 1997, 22,30 € Neuf

Résumé
Français, né en 1909, Jacques Rossi adhère très jeune au parti communiste, et part à Moscou en 1929. Ses talents de polyglotte lui valent d'être affecté à la section des liaisons internationales (OMS) du Komintern. Après des missions à Berlin, Paris, Riga, Helsinski, Rome, Varsovie, il gagne l'Espagne pendant la guerre civile. En 1937, il est rappelé à Moscou où, après maints interrogatoires, il est accusé d'espionnage et condamné, sans autre forme de procès, à "huit ans de travaux de redressement". Il restera au Goulag pendant 19 ans et sera assigné ensuite à résider en Sibérie cinq années supplémentaires. Jacques Rossi, décidé à dire le Goulag, a évité la facilité de l'autobiographie, et a choisi la forme du Manuel afin d'évoquer le pourquoi et le comment de cette institution destinée à broyer les hommes. En quelque 1.300 articles, sont traités: Les organismes administratifs et répressif; Les mesures répressives (arrestations, prétextes d'inculpation, tortures, condamnations); Les lieux d'internements de transport, les prisons, les camps); La population des camps (politiques et droits communs, les femmes et les nouveau-nés, les enfants et les adolescents, les détenus collaborant avec l'administration, le personnel administratif, les gardiens); La vie quotidienne des procédures administratives, les règlements généraux, l'habitat, la nourriture, l'habillement, la santé, l'hygiène, le travail, les mœurs, les rapports avec le monde extérieur, les recours, les distractions, l'évasion, la mort); La libération; Le langage du goulag (proverbes, dictons et expressions).





lundi 5 avril 2021

Anthony Blunt / De la Renastere la NKVD

 


Anthony Blunt, né le 26 septembre 1907 à Bournemouth et mort le 26 mars 1983 à Westminster, est un historien d'art britannique, spécialiste de l'art classique français et du baroque italien.

Il est également connu pour avoir été le « quatrième homme » des Cinq de Cambridge, un groupe d'espions ayant travaillé pour le compte de l'Union soviétique pendant la guerre froide. George Steiner estime que l'on ne connaîtra jamais l'étendue exacte de son rôle en tant qu'agent double.








L’espion soviétique Anthony Blunt a donné au KGB des lettres des oncles de la reine qui témoignaient de la profondeur de leurs sympathies nazies

Anthony Blunt a donné à ses maîtres espions russes une collection de lettres royales si compromettantes qu’elles auraient pu être utilisées pour faire chanter les Windsors, selon une figure de proue du KGB.

Écrit par les oncles de la reine, les ducs de Windsor et de Kent, à leurs parents allemands, la correspondance est susceptible de montrer la profondeur de leurs sympathies nazies et se serait révélée extrêmement embarrassante si elle avait été publiée pendant les années de la guerre froide.

Blunt, un critique d'art  très respecté et conservateur chargé de la collection de peintures de la reine n’a été exposé publiquement en tant qu’espion qu’en 1979.

Le documentaire de Channel 4 a confirmé que Blunt (photographié avec la reine) avait transmis des lettres au KGB

Le documentaire de Channel 4 a confirmé que Blunt (photographié avec la reine) avait transmis des lettres au KGB.

Il avait toujours insisté sur le fait que les informations qu’il transmettait aux Russes concernaient «presque exclusivement les services de renseignement allemands».

Mais un documentaire de Channel 4 a maintenant confirmé que Blunt avait également fait des copies de la correspondance royale et l’avait transmise directement au KGB.

Il est probable que le Kremlin détient encore des copies des lettres aujourd’hui.

La trahison a été révélée par le maître espion russe Yuri Modin, ancien contrôleur du réseau d’espionnage de Cambridge,dont faisait partie Blunt.

Rappelant ses rencontres avec Modin, l’écrivain et historien Roland Perry raconte au programme: «Je lui ai dit:« Auriez-vous pu faire chanter les membres de la famille royale? et il a dit: «Oui. Oui, nous aurions pu le faire, mais nous ne l’avons pas fait. ‘

En tant que cousin éloigné de la reine mère, Blunt était un membre de confiance de la maison après avoir rejoint le palais en 1945. Il était également un agent du MI5.

Le duc de Windsor a écrit certaines des lettres qui ont été transmises au KGBLe duc de Kent a également envoyé des lettres aux parents allemands de la famille royale

Écrite par les oncles de la reine, les ducs de Windsor et de Kent (photo à gauche et à droite) à leurs parents allemands, la correspondance est susceptible de montrer la profondeur de leurs sympathies nazies et se serait révélée extrêmement embarrassante si elle avait été publiée pendant les années de la guerre froide. .

Alors que la guerre prenait fin, le roi George VI, le père de la reine, demanda personnellement à Blunt, qui parlait allemand, d' accompagner le bibliothécaire royal Owen Morshead dans une mission secrète.

Ils ont été chargés de récupérer près de 4000 lettres écrites par la reine Victoria à sa fille douairière l’impératrice Victoria, stockées dans l’ancienne maison de cette dernière, le château de Friedrichshof, près de Francfort – alors occupée par les Américains.

D’autres correspondances conservées dans la propriété comprenaient des lettres entre les ducs de Windsor et de Kent et le prince Philipp de Hesse, petit-fils de l’impératrice Victoria et l’un des plus puissants acolytes aristocratiques d’Hitler.

Le roi savait que, entre de mauvaises mains, les lettres pouvaient s’avérer très dommageables. Le Prince George, duc de Kent, a été tué dans un accident d’avion en 1942.

Selon le documentaire, Blunt a microfilmé les lettres écrites par les ducs de Windsor et de Kent à leurs parents allemands et les a envoyées à Moscou dans une valise diplomatique.

Selon le documentaire, Blunt a microfilmé les lettres écrites par les ducs de Windsor et de Kent à leurs parents allemands et les a envoyées à Moscou dans une valise diplomatique.

Clive Irving, auteur de The Last Queen, a déclaré au programme: «  Churchill a sanctionné cette mission, ainsi que George VI, car ils comprenaient tous les deux le danger  potentiel representé par la découverte de cette sympathie pour les nazis à travers la famille royale. Si cela sortait, la monarchie serait très, très menacée.

«Ce qui est étonnant à ce sujet, pour moi, c’est qu’Anthony Blunt savait exactement où aller. Blunt a chargé deux soldats de se rendre sur les lieux et de localiser ces documents".

Ce que le roi et Churchill ne pouvaient pas savoir, c’est que, à ce moment-là, Blunt était déjà un agent double, qui travaillait pour le MI6 et  pour les Soviétiques.

Selon le documentaire, il a microfilmé les lettres et les a envoyées à Moscou dans une valise diplomatique.

Blunt a été interviewé 11 fois par le MI5 entre 1951 et 1964, lorsque le FBI américain a fait savoir aux collègues britanniques que les américains l’avaient identifié comme espion.

Mais au lieu d’être emmené en prison, le double agent s’est vu offrir l’immunité et a continué à travailler au palais – même en recevant un titre de chevalier en 1956. Ce n’est qu’en 1979, lorsqu’il a été mis à l’écart par Thatcher, qu’il a perdu les deux emplois et son titre de chevalier.

Il est décédé en 1983 à l’âge de 75 ans.

(La reine Elizabeth et l’espion dans le palais est diffusée dimanche sur Channel 4 à 21 heures.

Qui étaient les Cambridge Five? Les agents doubles soviétiques qui ont secoué l’establishment britannique

Le scandale d’espionnage «Cambridge Five» a secoué l’establishment en révélant l'existence d'agents doubles soviétiques au cœur de nombreuses institutions britanniques des plus importantes.

Kim Philby, Guy Burgess, Donald Maclean et Anthony Blunt se sont tous rencontrés à l’Université de Cambridge, où Blunt était cadre universitaire et les trois autres étudiants en premier cycle.

Anthony Blunt a recruté les étudiants pour promouvoir la cause soviétique avant la Seconde Guerre mondiale – et ils sont restés dévoués à l’URSS même après le début de la guerre froide.

Donald MacleanKim Philby

Donald Maclean (à gauche) et Kim Philby (à droite) étaient également membres du tristement célèbre réseau d’espionnage de Cambridge Five

Philby était chef du contre-espionnage pour le MI6, tandis que Maclean était un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères; Burgess travaillait pour la BBC.

Blunt était le plus éminent de tous, en tant que directeur de l’Institut Courtauld et gardien de la collection d’art de la famille royale.

En 1951, Burgess et Maclean ont été exposés publiquement en tant qu’agents doubles – mais après avoir été avertis par Philby, ils ont pu s’échapper à Moscou.

Malgré les soupçons entourant Philby, il a évité d’être détecté jusqu’en 1963, date à laquelle il a également fait défection en URSS.

Blunt a échappé à l’exposition encore plus longtemps – ce n’est qu’en 1979, lorsque Margaret Thatcher l’a declaré suspect à la Chambre des communes, qu’il a avoué sa trahison et a été déchu de ses titres.

Le «cinquième homme» du réseau d’espionnage n’a jamais été définitivement identifié. Le transfuge du KGB, Oleg Gordievsky, a dévoile son nom: Jihn Cairncross

L’histoire de ces traîtres improbables a été dramatisée à plusieurs reprises, notamment dans le livre classique de John le Carré, Tinker, Tailor, Soldier, Spy et dans une série de 2003 de la BBC intitulée Cambridge Spies.

Anthony BluntJohn Cairncross

Anthony Blunt (à gauche), le gardien de la collection d’art de la famille royale, a été exposé en tant que quatrième membre du réseau d’espionnage de Cambridge en 1979. Le cinquième membre n’a jamais été formellement identifié, bien que le transfuge soviétique Oleg Gordievsky ait nommé l’ex-officier du renseignement britannique John Cairncross (à droite) comme le dernier de la liste des cinq de Cambridge. 

================================================================

Anthony Blunt

Anthony Blunt, né le 26 septembre 1907 à Bournemouth et mort le 26 mars 1983 à Westminster, est un historien d'art britannique, spécialiste de l'art classique français et du baroque italien.

Il est également connu pour avoir été le « quatrième homme » des Cinq de Cambridge, un groupe d'espions ayant travaillé pour le compte de l'Union soviétique pendant la guerre froide. George Steiner estime que l'on ne connaîtra jamais l'étendue exacte de son rôle en tant qu'agent double. À l'inverse, il ajoute : « Ce que Blunt a pu accomplir comme historien de l'art demeure illuminant1. »

Jeunesse

Les collèges de Cambridge

Né à Bournemouth, dans le sud de l'Angleterre, Anthony Frederick Blunt est le troisième fils d'un pasteur anglican et cousin d'Elizabeth Bowes-Lyon (épouse de George VI et mère de l'actuelle reine Élisabeth II).

Son père étant l'aumônier de l'ambassade britannique à Paris, Anthony Blunt y passe ses quatorze premières années et parle couramment le français. C'est à Paris qu'il découvre l'art et la culture de la France, en particulier le peintre Nicolas Poussin.

Plus tard, durant ses études à Marlborough College où il se classe dans les premières places, il se lie d'amitié avec deux futurs écrivains, Louis MacNeice et John Betjeman, ainsi qu'avec Ellis Waterhouse, puis, grâce à une bourse, il entre au Trinity College de l'université de Cambridge. Étudiant d'abord en mathématiques, ensuite en lettres modernes, puis, en graduate, en histoire de l'art, il rejoint le cercle d'artistes et d'intellectuels du Bloomsbury Group, puis avec ceux qui vont devenir ses « camarades espions » — Kim Philby, Guy Burgess et Donald Maclean, entre autres —, fait partie de la société secrète des Cambridge Apostles. Ce groupe d'étudiants, proche de la gauche britannique, se caractérise par ses convictions communistes et ainsi son hostilité envers le fascisme et le nazisme. C'est à l'automne 1933 que, selon Blunt, « le marxisme fait irruption à Cambridge2 ».

Homosexuel, il est l'amant de Julian Bell, neveu de Virginia Woolf et proche de l'économiste John Maynard Keynes qu'il fréquente. Ami de plusieurs des Cinq de Cambridge, Bell est tué à 29 ans en 1937 lors de la bataille de Brunete. Cette mort renforce la détermination des Cinq de Cambridge dans leur volonté de combattre le fascisme.

L'historien d'art

Poussin, Et in Arcadia ego, Paris, musée du Louvre/

En 1939, Anthony Blunt est nommé maître de conférence en histoire de l'art à l'université de Londres et vice-directeur de l'institut Courtauld. Selon George Steiner, c'est à cette époque que l'œuvre critique de Blunt passe d'un « journalisme » savant à un approfondissement et à une érudition qui vont faire de lui « l'un des historiens les plus en vue de son époque5 », en particulier grâce à ses articles dans le Burlington Magazine et dans le Journal of the Warburg and Courtauld Institutes.

Après la guerre, il devient le directeur de l'institut Courtauld. Le « professeur Blunt », considéré comme l'un des plus éminents historiens d'art britanniques, y donne de nombreuses conférences jusqu'à la fin des années 1970. De 1945 à 1973 il succède à Sir Kenneth Clark au poste de conservateur des collections royales, fonction qui lui vaut d'être anobli en 1956. La guerre froide et son poste de conservateur l'amènent à s'éloigner progressivement du MI5. Devenant alors inutile pour le KGB, il sert encore parfois de courrier entre son ami Guy Burgess et son officier traitant.

Poussin, L'Enlèvement des Sabines, Paris, musée du Louvre

En 1960, il est le commissaire général de la grande rétrospective Poussin au musée du Louvre, exposition qui rassemble la plupart des œuvres de l'artiste et grâce à laquelle le public international redécouvre ce peintre. En 1962, il occupe la chaire Slade à l'université d'Oxford, destinée à l'enseignement des beaux-arts et fondée dans trois universités différentes : Oxford, Cambridge et Londres. Celle d'Oxford, nommée « chaire John-Ruskin » en raison de son premier titulaire, a été occupée entre autres par John Pope-Hennessy en 1956, Kenneth Clark en 1961 et Quentin Bell en 1964. En 1965, Anthony Blunt devient titulaire de la chaire Slade de l'université de Cambridge, où il succède à John Pope-Hennessy.

Anthony Blunt est l'un des grands experts de Poussin, auquel il a consacré plusieurs ouvrages, articles et catalogues. Spécialiste de l'art classique français et du baroque italien, il a publié de nombreux textes qui font encore référence aujourd'hui, notamment sur Philibert Delorme, Borromini et sur le baroque napolitain.

Activités d'espionnage

Blunt effectue une visite en Union soviétique en 1933 et est recruté l'année suivante par l'agent du NKVD (futur KGB) Arnold Deutsch. À Cambridge, il a remarqué6 l'Américain converti au communisme, Michael Straight. Après les purges staliniennes, il perd son officier traitant soviétique, si bien qu'il cesse de travailler pour le NKVD et se consacre entièrement à sa carrière dans les arts jusqu'à l'apparition d'un nouvel officier traitant Anatoli Gorski en 1939.

Il s'engage alors dans l'armée britannique et entre au MI5, le service de renseignement militaire du Royaume-Uni, où il a accès à des données tenues secrètes, notamment au déchiffrage du code Enigma. Son pseudonyme, pour les Soviétiques, est « Johnson ». Son engagement au MI5 laisse perplexe dans la mesure où ce service de renseignement connaissait probablement ses convictions communistes.

En 1963, sur information de Michael Straight, le MI5 découvre son passé d'agent double au service de l'Union soviétique : Blunt est le quatrième homme des Cinq de Cambridge. N'ayant d'autre issue que d'avouer, Blunt se confesse au MI5. Il détaille les secrets militaires qu'il a transmis aux Soviétiques et donne les noms d'autres espions en échange de l'immunité et du fait que ses activités ne seront pas rendues publiques.

Sa carrière d'espion reste donc un secret d'État jusqu'en 1979, lorsque la Première ministre de l'époque, Margaret Thatcher, décide de révéler son passé, dans l'enceinte de la Chambre des communes. Le scandale est considérable et son homosexualité lui vaut de violentes insultes homophobes. Son titre de chevalier lui est aussitôt retiré et, à sa mort, l'État britannique refuse son legs de tableaux de Poussin.

Blunt a dit à propos de son avis sur la guerre : «Doing war is not the right way to gain power, that's why I studied history and art a lot. These are the best weapons to fight.»

Distinctions

Chevalier commandeur de l'ordre royal de Victoria (KCVO)7. Il en sera radié le 16 novembre 19798

Commandeur de la Légion d'honneur

Principales publications

Art et Architecture en France, 1500-1700, Macula, 1983

La Théorie des arts en Italie, 1450-1600, Gérard Monfort, 1986

================================================================

    Duke and Duchess of Kent with Edward and Alexandra,1938

    1934, George with Princess Marina, Duchess of Kent

===============================================================
Miranda Carter,Anthony Blunt His lives, Farrar, Straus and Giroux; 1st American ed (January 15, 2002)



Cei 5 de la Cambridge: Blunt, Burgess, Maclean, Philby + Cairncross