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mardi 18 mai 2021

11 BISERICI DIN ROMA

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Les 11 plus belles églises de Rome

Berthold Werner [Public domain], via Wikimedia Commons

Quelles sont les plus belles églises de Rome ? « Ville éternelle légendaire », célèbre depuis plus de 2 000 ans, la capitale italienne est également le centre incontesté de l’« Imperium Romanum » (l’Empire romain) qui lui a d’ailleurs emprunté son nom du 8ème siècle av. J.-C. au 7ème siècle ap. J.-C. Depuis le 14ème siècle, Rome abrite en outre la Cité du Vatican (le siège du Pape), ce qui en fait un lieu d’une importance exceptionnelle pour environ 1,3 milliard de catholiques à travers le monde. En plus de la basilique Saint-Pierre (« San Pietro in Vaticano »), construite entre 1506 et 1626, et des six autres églises de pèlerinage que compte la ville, on dénombre plus de 900 autres églises à Rome. Selon de nombreux observateurs et experts, les 11 édifices sacrés, répertoriés et brièvement esquissés ci-dessous, comptent parmi les plus belles églises de Rome.

1. La basilique Saint-Pierre : l’emblème du Vatican

Commençons par l’église la plus emblématique de Rome ! La basilique Saint-Pierre de Rome est sans doute l’église la plus célèbre de la ville. Elle est un symbole du Vatican, mais aussi un emblème majeur de la Ville éternelle. La première version de la cathédrale, où l’apôtre Pierre serait enterré, y a été construite dès l’an 324. L’importance croissante du Vatican et la fin du schisme d’Occident nécessitaient l’établissement d’un nouveau point de repère : c’est ainsi que la cathédrale Saint-Pierre a vu le jour. Son immense dôme est bien sûr particulièrement célèbre, on peut d’ailleurs visiter l’intérieur. La cathédrale elle-même abrite quelques-unes des œuvres d’art les plus impressionnantes datant des différentes époques de l’Europe et du Vatican. Ainsi, il est indispensable de visiter la basilique Saint-Pierre lors d’un séjour à Rome, ne serait-ce que pour comprendre l’ampleur réelle du pouvoir détenu par le Vatican dans le monde.

La visite du dôme de la basilique est payante, l’entrée à la basilique est en revanche gratuite. En raison de la forte affluence, en particulier le week-end et pendant les vacances scolaires (l’été, en octobre et à Noël), je vous recommande vivement de réserver des billets coupe-file. Ces derniers peuvent vous permettre de gagner jusqu’à une heure de temps.

  • Horaires d’ouverture : de 7 h à 19 h entre avril et septembre, et de 7 h à 18 h entre octobre et mai.
  • 2. La basilique Sainte-Marie-du-Trastevere : aussi belle que son quartier

Dans le joli quartier de Trastevere, ne manquez pas l’église Sainte-Marie-du-Trastevere. Les édifices antérieurs de la plus ancienne église de Rome, achevée en 1143, avaient été bâtis dès le 3ème siècle dans le centre du quartier de Trastevere. Situé sur la rive droite du Tibre, celui-ci est resté authentique et original jusqu’à nos jours. Titre cardinalice, l’église officiellement reconnue est également appelée « Basilica minor » en raison de son histoire riche, mais aussi de la signification particulière qu’elle représente pour les romains. Des matériaux provenant des célèbres thermes de Caracalla ont été utilisés pour sa construction au début du 12ème siècle. Les colonnes qui ornent son intérieur en feraient d’ailleurs parie. A voir également les nombreuses mosaïques colorées des différentes époques et les restes de l’urne en pierre du pape Innocent II.

  • Horaires d’ouverture : ouverte tous les jours, de 7h30 à 21 h
  • Adresse : Piazza di Santa Maria in Trastevere, 00153 Roma RM, Italie

3. Le Panthéon

Parmi les monuments les plus célèbres de Rome, le Panthéon a servi de modèle à plus d’un architecte d’église dans l’histoire. Construit entre 125 et 128 sur le « Campus Martius » (Champ de Mars) comme un sanctuaire romain, le Panthéon se compose d’une façade ornée de colonnes et d’un bâtiment rond central. L’édifice impressionnant est utilisé comme église chrétienne depuis le début du 7ème siècle ; sa forme caractéristique lui a donné le surnom de « La Rotonda » (la rotonde). Le nom officiel de cette église mondialement célèbre est « Santa Maria ad Martyres ». Également classée « Basilica minor », elle appartient à l’Etat italien. Le Panthéon abrite plusieurs tombes de peintres célèbres ainsi que les sépultures de deux rois. Le bâtiment a aussi servi de modèle architectural pour la basilique Saint-Pierre de Rome, la Cathédrale Saint-Louis des Invalides de Paris et la cathédrale de Berlin

  • Horaires d’ouverture : en semaine et le samedi de 8h30 à 19h15, le dimanche de 9 h à 17h45
  • Adresse : Piazza della Rotonda, 00186 Roma RM, Italie

4. La basilique de Santa Maria Maggiore : à deux pas de la gare

Bild: [CC BY 4.0], via Wikimedia Commons
Non loin de la gare se trouve la basilique Sainte-Marie-Majeure, la plus grande église Sainte-Marie de Rome. Elle est particulièrement célèbre pour sa structure particulière et le travail d’orfèvre réalisé sur son plafond. On dit que le site a été utilisé pour réceptionner les premières arrivées d’or après la découverte du Nouveau Monde. L’église est une donation du pape, associée à la légende selon laquelle la Sainte Mère serait apparue au Pape, et lui aurait indiqué l’emplacement de la future basilique par la présence de neige le lendemain matin. L’église commémore encore aujourd’hui cet événement. Des fleurs blanches pleuvent alors sur les visiteurs de la messe. Bien sûr, elle renferme également de jolies œuvres d’art et son architecture reste impressionnante, si typique des églises de Rome.

  • Horaires d’ouverture : tous les jours, de 7 h à 19 h
  • Adresse : Piazza di S. Maria Maggiore, 00100 Roma

5. La Chiesa del Gesù : une église peu connue et pourtant magnifique

Bild: Fczarnowski [CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons
L’Église du Gesù est l’église principale des jésuites. Sa construction a commencé dès 1575, largement financée par la famille Farnese. Au fil des siècles, la nef baroque a servi de modèle pour la construction de diverses églises jésuites à travers l’Europe. Son architecture est elle-même particulièrement intéressante : il s’agit d’une unique nef allongée, qui contient différentes petites niches abritant des œuvres d’art de dimensions variables. La fresque « Triomphe du Nom de Jésus » en est un exemple particulièrement magnifique. Aussi, les autels que l’on peut trouver dans divers recoins de l’église témoignent du lien établi, non seulement avec l’ordre des jésuites, mais aussi avec les fondateurs et les financiers de l’église, qui ont souhaité réaliser un monument pour l’éternité.

  • Horaires d’ouverture : tous les jours, de 7 h à 12h30 et de 16 h à 19h45
  • Adresse : Via degliAstalli, 16, 00186 Roma

6. L’église Saint-Ignace-de-Loyola et son illusion d’optique

Comme toutes les autres églises de Rome, Sant’Ignazio di Loyola révèle une décoration des plus fastes… Mais si vous l’observez bien, vous remarquerez que quelque chose cloche ! En réalité, en regardant d’un peu plus près la coupole de l’église, on finit par remarquer qu’il ne s’agit pas du tout d’une coupole, mais simplement d’une fresque esquissée au plafond. Une illusion d’optique géniale, qui rend cette église extraordinaire. Lors de sa construction entre 1626 et 1650, il a été décidé de renoncer volontairement au dôme, et ce pour une raison un peu farfelue : les voisins ne voulaient pas d’un dôme qui aurait fait de l’ombre à leur appartement ! Les fresques illusionnistes d’Andrea Pozzo (le plafond semble également beaucoup plus haut) sont encore visibles aujourd’hui. En outre, la visite de l’église Sant’Ignazio di Loyola se combine parfaitement avec celle du Panthéon, qui ne se trouve qu’à 250 mètres environ.

  • Horaires d’ouverture : du lundi au samedi, de 7h30 à 19 h
  • Adresse : Via del Caravita, 8a, 00186 Roma RM, Italie

7. Santa Sabina

Tango7174 [CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons
Construite dans la première moitié du 5ème siècle dans le quartier de Ripa, non loin du Circus Maximus, sur la colline de l’Aventin qui abrite les vestiges de la « Puraille Servienne », la basilique de Sainte-Sabine sert de siège à l’Ordre des Dominicains, lui-même fondé au début du 13ème siècle. L’église est dédiée à l’ancienne païenne et plus tard sainte « Sabina », martyre et patronne de Rome, qui aurait été convertie au christianisme par son esclave « Serapia » au début du 2ème siècle. Sur le plan architectural, l’église de Sainte-Sabine est considérée comme le premier exemple historique d’arcs au-dessus de colonnes, elle marque donc aussi le début du style gothique. À voir également les mosaïques en filigrane à l’entrée ainsi que la porte à deux battants en bois de cyprès. Datée de plus de 1500 ans, elle est intégrée au portail principal, sur lequel apparaissent des représentations détaillées en relief. Les couloirs des fouilles, dans les fondations de l’église, peuvent également faire l’objet d’une visite guidée spéciale.

  • Horaires d’ouverture : tous les jours, de 8h15 à 12h30 et de 15h30 à 18 h
  • Adresse : Piazza Pietro D’Illiria, 1, 00153 Roma RM, Italie

8. L’église Santa Maria Sopra Minerva, un rêve en bleu

User:MatthiasKabel [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons
Témoin des anciennes divinités romaines, la basilique sur la Minerve est aussi l’une des seules églises de l’ère gothique. Michel-Ange y a notamment laissé ses œuvres. Outre les magnifiques œuvres d’art qui ornent l’intérieur de l’église, l’éléphant de son parvis est, là encore, d’un genre tout particulier. La statue de l’obélisque, réalisée par Bernini, est un lieu de rencontre populaire parmi les romains. Les énormes colonnes qui soutiennent l’impressionnante nef expliquent par ailleurs la durée des travaux : l’argent manquait, ce qui a ralenti l’avancée de la construction.

  • Horaires d’ouverture : tous les jours, de 7h30 à 19 h
  • Adresse : Piazza della Minerva, 42, 00186 Roma

9. La basilique Saint-Paul-hors-les-Murs : la plus belle église de Rome ?

Berthold Werner [Public domain], via Wikimedia Commons
Dnalor 01 [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons
Selon moi, cette église romaine est un vrai bon plan secret pour une visite de ce type, parce qu’elle est située un peu à l’écart du centre (donc moins fréquentée) et qu’elle se distingue par son cloître et son joli jardin, où il fait bon de flâner un peu ! La basilique Saint-Paul-hors-les-Murs a été construite entre 1823 et 1854 dans le quartier d’Ostiense au sud-ouest de la ville, sur la rive droite du Tibre, à deux pas du parc « Parco Schuster ». L’église est consacrée à l’apôtre Paul, décapité en 67. Elle est bâtie sur l’emplacement de sa tombe présumée, où se trouvait déjà au 4ème siècle une première basilique Saint-Paul. Au-dessus de la tombe se trouve le maître-autel, où seul le pape lui-même peut célébrer la messe. Le plafond à caissons très complexe de la nef principale, l’énorme travail effectué sur le marbre et l’albâtre dans tout l’intérieur, et enfin le lustre monumental en forme de colonne, avec ses représentations mythologiques en relief de la fin du 12ème siècle, revêtent une importance significative sur les plans historique et artistique.

  • Horaires d’ouverture : tous les jours, de 7h30 à 18h30
  • Adresse : Piazzale San Paolo, 1, 00146 Roma RM, Italie

10. La basilique Saint-Jean-de-Latran et son cloître

Peu le savent, mais l’église officielle des papes n’est ni la basilique Saint-Pierre, ni la Chapelle Sixtine. Depuis des siècles, c’est en réalité la basilique Saint-Jean-de-Latran, située au cœur de Rome, plus précisément dans le quartier de Monti. Sa décoration n’est pas aussi généreuse que celle de la basilique Saint-Pierre et elle attire beaucoup moins de visiteurs. Néanmoins, elle possède une histoire tout aussi riche. En effet, l’église a été agrandie à de multiples reprises depuis sa fondation par Constantin. Elle a été tour à tour pillée, rebaptisée, et enrichie encore de nouvelles œuvres d’art. En outre, le cloître, dont la construction remonte au 13ème siècle, est considéré comme particulièrement grandiose. L’ancien baptistère et ses trésors artistiques rares valent également la peine d’être visités. L’église du Latran a été un modèle architectural déterminant pour de nombreuses églises dans toute l’Europe. On peut le voir encore aujourd’hui.

  • Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi, de 10 h à 17 h, le samedi de 10 h à 15 h, fermé le dimanche
  • Adresse : Piazza di S. Giovanni in Laterano, 4, 00184 Roma

11. La basilique Saint-Pierre-aux-Liens

Jean-Christophe BENOIST [CC BY 3.0], via Wikimedia Commons
La basilique San Pietro in Vincoli compte également parmi les plus belles églises de Rome. Le bâtiment d’origine a été érigé au 5ème siècle. Comme elle abritait les chaînes qui retenaient autrefois Saint-Pierre captif, elle était destinée à devenir un sanctuaire digne de ce nom. Au fil du temps, l’église a toutefois changé, à l’intérieur comme à l’extérieur, et on la connait aujourd’hui surtout pour une œuvre d’art de Michel-Ange. Le magnifique tombeau du pape Jules II qu’il a lui-même imaginé et réalisé reste considéré comme l’une de ses œuvres les plus impressionnantes.

  • Horaires d’ouverture : avril à septembre : 8 h – 12h30 et 15 h – 19 h, octobre – mai : 8 h – 12h30 et 15 h – 18 h
  • Adresse : Piazza di San Pietro in Vincoli, 4/a, 00184 Roma

BONUS : La chapelle Sixtine

Certes, d’un point de vue purement technique, la chapelle Sixtine n’est pas vraiment une « église », et bien que la basilique Saint-Pierre soit la figure de proue du Vatican, la chapelle Sixtine a beaucoup plus d’importance sur le plan historique, c’est pourquoi ce chef-d’œuvre devait être mentionné ici. De plus, elle fait partie sans problème des plus belles églises de Rome ! Elle est l’endroit où les papes élisent leur nouveau chef suprême. La chapelle a acquis une réputation considérable, notamment grâce à diverses adaptations cinématographiques, à des théories de conspiration ou encore à certaines légendes mystérieuses. Bien sûr, elle doit aussi sa renommée à ses œuvres d’art uniques : le célèbre Jugement dernier de Michel-Ange ou encore La Création d’Adam n’en sont que deux exemples. Je vous conseille de prendre votre temps pendant la visite, et j’espère que vous supportez assez bien la foule. Par ailleurs, les photos sont expressément interdites dans la chapelle.

Contrairement aux églises de Rome présentées dans cet article, la visite de la chapelle Sixtine est payante. On ne peut l’admirer que dans le cadre d’une visite des musées du Vatican. Plus d’informations sur les Musées du Vatican, les tarifs d’entrée et les billets pour la chapelle Sixtine.

Églises à Rome

https://www.visitonsrome.com/eglises



lundi 17 mai 2021

Chiesa di San Carlo alle Quattro Fontane / Borromini

 (w.fr.)

Église Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines

Église Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines
Image illustrative de l’article Église Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines
Vue d'ensemble de l'église
Présentation
CulteCatholique romain
Début de la constructionjuillet 1634
Fin des travaux1680
ArchitecteFrancesco Borromini
Style dominantArchitecture baroque
Site webwww.sancarlino.eu [archive]Voir et modifier les données sur Wikidata


Église Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines

L'église Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines est une église de la Rome baroque, située dans le rione (quartier) Monti, construite par Francesco Borromini pour un petit couvent d’un ordre espagnol : les Trinitaires Déchaux1. Ce fut la première réalisation indépendante de Francesco Borromini.

L’église, dédiée à saint Charles Borromée, se nomme en italien, San Carlo alle Quattro Fontane (en), mais du fait de ses petites dimensions, les Italiens l’appellent le plus souvent San Carlino. Elle doit son nom au carrefour sur lequel elle se trouve et dont les quatre angles sont décorés d’une fontaine représentant le Tibre et l’Arno d’une part, Diane et Junon d’autre part, l’une d’elles est intégrée dans la façade de l’église. Cette réalisation de Borromini est considérée comme étant un des chefs-d’œuvre de l’architecture baroque.

message galerie Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Carrefour des Quatre Fontaines, Rome.

Histoire

Le projet put voir le jour grâce au financement et au patronage du cardinal Francesco Barberini, neveu du pape Urbain VIII.

L’histoire de la petite communauté des trinitaires qui confièrent à Borromini la construction du couvent et de l’église de San Carlino commence en 1610, lorsque le général de l’ordre, fra Gabriele dell’Assunzione, fut envoyé à Rome afin de traiter avec la Curie du problème de la réorganisation de l’ordre. En 1611 fut acquise par l’ordre, une maison située à un angle du carrefour des Quatre Fontaines. Les possessions des trinitaires s’agrandirent ensuite par donations et nouvelles acquisitions. Entre 1612 et 1614 furent réalisés de petits travaux de transformation de l’ensemble immobilier qui comprenait dès lors plusieurs bâtiments. En 1634, fra Giovanni dell’Annunciazione, procurateur des trinitaires, fit abattre trois maisons afin de pouvoir édifier le couvent et l’église. Le  de la même année, l’architecte Francesco Borromini qui avait été choisi, signa les conventions de travaux, qui commencèrent immédiatement et la première pierre de fondation fut placée le . La construction du cloître et des salles adjacentes commença le  et le , les travaux de la zone d’habitation du couvent (réfectoire, cuisine, cellules et la bibliothèque) étaient achevés. Le  le cloître et les salles adjacentes étaient construits. Le 23 du même mois, le cardinal Barberini bénit le couvent et le lendemain les moines vinrent y habiter ; c’est dire que les travaux furent menés diligemment. Toutefois, achevée la partie du couvent nécessaire à la vie de la petite communauté, survint une période de crise due à une extrêmement pauvreté et les travaux de l’église et de la sacristie ne commencèrent que le . La première pierre de fondation fut mise en place le , en présence du cardinal Barberini. Le  la construction de l’église était achevée et le 26 du même mois, le cardinal Barberini y célébra la première messe. Entre 1641 et 1644, furent exécutés les travaux de finition de la façade donnant sur la via Quattro Fontane. C’est au cours de cette même année 1641 que Pierre Mignard réalisa une Annonciation à fresque, au-dessus de la porte principale. En 1642, Giovanni Domenico Cerrini, dit le Cavalier Perugino2, réalisa le tableau de sainte Ursule et en 1643 celui de sainte Agnès. Toujours en 1643, fut fondue la grande cloche du campanile, il fut alors probablement mis en place une structure provisoire en bois. En 1646, Pierre Mignard acheva son tableau pour l’autel majeur, représentant la sainte Trinité adorée par saint Charles Borromée, ainsi que les deux saints de l’ordre, Jean de Matha et Félix de Valois. L’église ne fut consacrée que le , par le cardinal Ulderico Carpegna. Entre 1656 et 1659 fut construit le premier campanile, de forme triangulaire. Le , les pères approuvèrent un décret par lequel ils concédaient à Borromini le choix d’un emplacement dans la crypte, afin de réaliser une chapelle et un autel pour sa sépulture. Mais l’ultime volonté de Francesco fut d’aller rejoindre dans la tombe Carlo Maderno, à San Giovanni Battista dei Fiorentini. À la mort de Borromini, le , la construction de la façade fut brutalement interrompue. En 1670, son neveu Bernardo, prit en charge la suite des travaux, dans la stricte observance des volontés et dessins laissés par Francesco. En , fut abattu le campanile triangulaire, le nouveau de forme quadrangulaire fut élevé rapidement. Les travaux de la façade reprirent en 1675. Le  de cette année-là, fut commandée à Antonio Raggi, la statue de saint Charles Borromée, elle fut placée au milieu de la façade, dans la niche au-dessus de la porte principale. Quelques travaux se poursuivirent encore à travers les siècles jusqu’à nos jours3.

Description

Le cloître

Le minuscule cloître à plan mixtiligne dérive d’un octogone. Il est entouré de deux niveaux de galeries. L’inférieur est composé de serliennes qui sont convexes aux angles, alors que le niveau supérieur, orné de simple colonnes, est embelli par une balustrade. Le thème de l’octogone se retrouve dans les chapiteaux des colonnes de l’étage supérieur, ainsi que dans la forme du puits qui complète la vision du cloître. Il est à noter que l’ouverture du puits est elliptique. Borromini parvint à donner un aspect accueillant à un lieu tellement exigu qu’il aurait pu être oppressant.

L'église

D’aucuns ont prétendu que pour élaborer San Carlino, Borromini se serait inspiré de l’église Saint-André du Quirinal, œuvre de Bernini. Il suffit de constater que Saint-André ne fut commencée qu’en 1658, soit vingt-quatre ans après San Carlino, pour décider qu’il s’agit là d’une pure calomnie et d'une bien grande méconnaissance de la personnalité de Borromini4.

La plus grande contrainte à laquelle l’architecte dut faire face ici, est sans nul doute l’étroitesse des lieux. On dit que l’église tout entière tiendrait en un seul pilier de la basilique Saint-Pierre5. Il s’employa donc à créer des perspectives ayant pour but de donner l’illusion d’un espace plus vaste.

Le schéma directeur de San Carlino dérive de celui d’un plan central. Il est basé sur la figure géométrique de deux triangles équilatéraux ayant une base commune et dans lesquels se trouve inscrite une ellipse, le diamètre des colonnes est inscrit entre deux rectangles concentriques qui déterminent le centre des absides semi-circulaires. La complexité de la construction démontre combien Borromini possédait l’art de la géométrie (voir le schéma ci-dessous)3.

San Carlino. Schéma d'implantation.jpg

Quatre arches reprennent l’entablement elliptique de la coupole qui est construite en brique. Cet humble matériau, avec le stuc, seront presque exclusivement employés pour l’ensemble du complexe, cela du fait de la pauvreté des moines, ce qui convenait bien aux goûts simples de Borromini en ce domaine. La coupole est ornée d’un ensemble de caissons dont la taille diminue en allant vers le haut de la voute. Les caissons ont divers thèmes qui s’alternent dans leur disposition : cercle inscrit dans un octogone, hexagone, croix. Ils forment un ensemble fort original, éclairé zénithalement par une lanterne ovoïde et par des fenêtres latérales placées sur l’entablement elliptique. Le raccordement de la coupole au corps de l’édifice est réalisé par quatre pendentifs.

Le mouvement ondulatoire des murs et le rythme alternatif des formes convexes et concaves donnent à ressentir la pulsion vivante d’un corps plastique.

La présence récurrente d’éléments réunis trois à trois se rapporte à la Trinité et à l’ordre trinitaire des moines pour lesquels l’édifice fut conçu (on notera ce nombre trois pour les anges sur les pendentifs, les niches, les rangs de caissons dans les niches au-dessus des autels, la décoration de feuilles et de fleurs des fenêtres, sans parler des angles des triangles équilatéraux qui régissent l’ensemble du bâtiment, ceux du triangle inscrit dans un cercle qui contient une colombe en son centre, au sommet de la lanterne).

Le campanile

Le campanile constitue une des énigmes de l’histoire de l’église. À l’origine il fut construit par Borromini, très probablement de forme triangulaire. L’énigme réside dans le fait qu’il fut ensuite démoli et reconstruit par Bernardo. Durant la réunion capitulaire du , la communauté des Trinitaires du couvent décida la démolition du campanile qu’elle trouvait disproportionné et d’en construire un plus petit et adapté. Paradoxalement le nouveau, de forme quadrangulaire réalisé par Bernardo a plus ou moins la même hauteur et est nettement plus large, il ne se distingue du précédent que par le disgracieux couronnement pyramidal qui se substitua à l’élégant volume cylindrique d’origine3.

Au premier plan le campanile, au second la lanterne.

La lanterne

Dans la structure de la lanterne apparaît pour la première fois le motif des absides raccordées, développé d’une façon inédite par le contraste entre les colonnes de contrefort et les murs rentrants. La structure rythmique correspond à une cohérente abréviation de l’église en dessous3.

La crypte

La crypte reprend le même schéma que celui de l’église supérieure, elle possède une voute à 8 segments fondée sur des piliers et deux chapelles dont l’une devait recevoir la dépouille de Borromini mais qui, selon ses ultimes volontés, fut enterré à San Giovanni dei Fiorentini. Sobre et austère cette partie du complexe de San Carlo reprend les canons linguistiques de l’architecte.

La crypte.

La façade

Borromini élabora sa façade sur deux niveaux. La partie inférieure est caractérisée par une succession de surfaces, concave, convexe, concave, alors que le niveau supérieur présente trois parties concaves dont la centrale supporte un édicule convexe. Cette alternance rythmique des formes crée une façade dynamique pleine de mouvement, agrémentée d’une magnifique décoration, comme la niche au-dessus de la porte dans laquelle se trouve la statue de saint Charles Borromée encadrée par deux anges dont les ailes lui procurent un abri, et le médaillon ovale et concave placé à la partie supérieure que supportent deux anges, il fut un temps où il était décoré de l’image de saint Charles.

La façade.

LE GÉNIE TRAGIQUE DE FRANCESCO BORROMINI: À L'INTÉRIEUR DU SAN CARLO ALLE QUATTRO FONTANE DE ROME

https://www.througheternity.com/en/blog/art/tragic-genius-borromini-san-carlo-alle-quattro-fontane-rome.html#

Jeu 19 nov.2020

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Le 3 août 1667, Francesco Borromini se suicida d'une manière qui rappelle davantage une tragédie shakespearienne que la vraie vie; au point culminant de l'une des crises de dépression qui ont vaincu l'architecte de plus en plus fréquemment à mesure que sa vie progressait, Borromini tomba littéralement sur sa propre épée.

Mais même ce dernier acte de défi contre un monde qui n'a jamais vraiment accepté sa personnalité irascible ou son talent idiosyncratique ne s'est pas déroulé comme prévu. Se frayer un chemin avec une épée est beaucoup plus difficile que Shakespeare ou les sources anciennes ne le feraient penser, et Borromini a survécu à son propre coup mortel pendant quelques heures, réussissant même à laisser derrière lui un récit de première main de l'événement sanglant. Les nuages ​​sombres de la maladie mentale qui ont précipité son suicide désespéré ont tourbillonné au-dessus de ce génie troublé pendant la majeure partie de sa vie et ont profondément affecté le cours de sa carrière professionnelle.

Je me tiens à l'un des grands carrefours de Rome, perché sur la crête d'une colline qui plonge sur les quatre côtés vers certains des monuments les plus reconnaissables de la ville. Au nord, l'obélisque de Trinità dei Monti s'élève majestueusement vers le ciel en haut de la Place d'Espagne (caché à notre vue derrière se trouve un autre obélisque, celui de la Piazza del Popolo, une façon assez grandiose d'informer les voyageurs qu'ils sont enfin arrivés dans la ville éternelle); au sud, la forme imposante de la basilique de Santa Maria Maggiore domine le panorama lointain; aux tours ouest encore un autre obélisque, marquant maintenant le siège de la présidence italienne au sommet de la colline du Quirinal, et à l'est on distingue simplement la Porta Pia, la porte conçue par Michel-Ange dans les anciens murs auréliens qui marquaient le la plus à l'est de la ville de la Renaissance.

C'est une encapsulation fascinante de l'état d'esprit des urbanistes des XVIe et XVIIe siècles qui étaient en grande partie responsables de l'apparence de la ville aujourd'hui, mais pas de ce qui m'a amené à cet endroit. La minuscule église de San Carlo alle Quattro Fontane, l'une des contributions les plus durables de Borromini au paysage urbain incomparable de Rome, est coincée au coin de cet important carrefour.

 

Essayer de bien voir cette façade est cependant une expérience frustrante. Les routes sont si étroites ici qu'il n'y a tout simplement pas assez d'espace pour tout prendre, littéralement nulle part où se tenir. Du seul point de vue qui vous est permis par la rue étroite, il est presque impossible de donner un sens à ce bâtiment, et impossible de découvrir une logique architectonique derrière la myriade de formes devant vous. C'est complexe et capricieux, et précisément à cause de cela, une chose d'une incroyable beauté. 

Obligé de rester trop près de l'église, peut-être appuyé maladroitement contre l'une des quatre fontaines qui donne son nom au carrefour, on a l'impression d'une étendue de pierre constamment ondulante, ondulante et mouvante comme les vagues de la mer, ou les sables du désert. Les murs de pierre épais et solides sont traités comme s'ils étaient faits de l'argile la plus tendre. C'est une façade qui semble trahir hardiment la sensibilité d'un sculpteur plutôt que d'un ingénieur.

 

Est-il facile d'imaginer que nous pouvons voir le fonctionnement interne de l'esprit d'un architecte dans les structures qu'il crée? Une telle analyse psycho-biographique est depuis longtemps hors de vogue dans les cercles académiques sérieux, considérée comme une relique malvenue de l'influence omniprésente de Freud sur le paysage critique du XXe siècle. Il faudrait savoir qu'il ne faut pas se laisser séduire par le fantasme romantique d'un génie troublé déversant sa psyché dans le tissu de ses œuvres comme autant de pages de son journal. Il est cependant extrêmement difficile de prendre la hauteur intellectuelle face au corpus architectural de ce grand génie du baroque italien.

Entrer à San Carlino de Borromini est une expérience vertigineuse. Les formes se transforment les unes dans les autres. Une courbe convexe devient soudainement concave et il est impossible de déterminer exactement comment et quand la transformation a eu lieu. Toute la façade de cette petite église pourrait tenir à l'intérieur d'un seul pilier de soutien de l'énorme dôme de Saint-Pierre, dans la décoration de laquelle la main de son grand rival Bernini est partout apparente. Et pourtant, c'est peut-être une église plus audacieuse, plus innovante que tout ce que même Bernini lui-même avait jamais tenté.

 

Où Bernini a combiné peinture, sculpture et architecture pour créer des ensembles artistiques complets et unifiés comme les décors théâtraux de Saint-Pierre et de Santa Maria della Vittoria (parfaitement adaptés aux préoccupations pédagogiques populistes de la Contre-Réforme), Borromini a intégré la sculpture et l'architecture par une procédure radicalement différente. Il n'est pas exagéré de dire qu'il a littéralement sculpté avec l'espace, sculptant de fabuleuses sculptures dans l'immanence pure de l'air. Le zèle religieux de Bernini a assuré sa position d'architecte préféré de la papauté pendant une grande partie de sa carrière, mais la philosophie architecturale de Borromini n'était pas moins en phase avec le projet de glorifier Dieu. En effet, qu'est-ce qui pourrait être plus spirituel, ou plus proche aux yeux des fidèles, du processus créatif du créateur divin originel que cela?

L'évocation par Borromini de la conjuration vertueuse du firmament par une puissance supérieure est si subtile et spirituelle à sa manière qu'il n'est pas nécessaire de partager la frénésie religieuse de cette époque révolue pour l'apprécier. C'est l'architecture comme affect, un lieu de rencontre entre architectonique et psychologie. L'expérience de ce bâtiment n'est pas objective. Vos premières pensées ne portent pas sur les stress, les supports et autres questions pratiques de ce type, mais plutôt sur la manière dont nous nous engageons dans l'espace que nous habitons, sur son impact sur nous et sur les possibilités infinies de l'espace lui-même.

Quelque chose de l'homme, bien sûr, doit entrer dans l'œuvre. La création artistique est une entreprise trop profondément personnelle pour que l'on puisse simplement séparer la personnalité des fruits du travail de cette personnalité. Comme le Caravaggio, un éleveur d'enfer autodestructeur avant lui, la vie troublée de Borromini et sa mort excessivement mélodramatique ne peuvent manquer de remuer l'imagination de quiconque a eu le privilège de s'émerveiller et de s'interroger sur la complexité impressionnante du dôme en tire-bouchon qui était son dernier point d'exclamation radical à l'église de San Ivo alla Sapienza, ou aux formes complexes et vertigineuses de San Carlino.

Il est, bien sûr, excessivement simpliste d'imaginer que nous pouvons comprendre le caractère unique de l'œuvre de Borromini comme une manifestation de sa psyché fragile, et ne rend guère justice à son importance en tant qu'architecte. Mais c'est une impulsion naturelle d'essayer de comprendre le génie, de découvrir une différence génétique unique qui peut l'expliquer. Pourquoi sommes-nous si fascinés par la vie non conventionnelle de Michel-Ange et du Caravage? Pourquoi Freud était-il si obsédé par Léonard de Vinci?

Que les formes tordues et apparemment illogiques qui s'imposent dans notre champ de vision à San Ivo et San Carlino constituent une métaphore profonde de l'état torturé de l'âme de l'architecte ou non, elles signifient néanmoins avec une clarté cristalline l'esprit d'un homme qui a pensé à le monde, et a compris son métier, d'une manière étonnamment originale, étonnamment nouvelle. D'un seul coup, Borromini a renversé la primauté du plan architectonique, prééminente depuis que les Grecs ont développé et codifié pour la première fois une théorie de l'architecture, et a inauguré l'ère de l'espace entre - le triomphe du vide. Cette reconceptualisation dramatique de ce que l'architecture pourrait accomplir sous-tend encore notre idée moderne de l'environnement bâti aujourd'hui, près de 350 ans après le dernier acte désespéré de Borromini.