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dimanche 20 août 2023

Arta furata

 

ROSE VALLAND ET LE PROJET DE MUSEE D’HITLER A LINZ :

Quand les régimes totalitaires instituaient  le vol organisé des œuvres d’art en Europe.
INTRODUCTION :

Le pillage des biens culturels est de toutes les époquesLes Romains avaient raflé en Asie mineure et en Grèce quantité de statues. Charles VIII et Louis XII à l’occasion des Guerres d’Italie revinrent avec des monceaux de merveilleux incunables ( è du latin « incunabulum » = berceau = livres datant des origines de l’imprimerie entre 1450 et 1500) et de manuscrits anciens récupérés à Naples, à Milan... Le butin des guerres de la Révolution ou de l'Empire jusqu'en 1813 a été très imparfaitement restitué au Pape ou aux Prussiens. Les armées du Kaiser en 1914-1918 pillèrent largement les chefs-d'œuvre de la peinture flamande dans les musées du nord de la France occupé par l'Allemagne.

Hitler et Staline ne firent donc que s'inspirer d'exemples antérieurs. Au surplus, les goûts artistiques se ressemblaient étrangement, dans les deux camps du totalitarisme, opposés l'un à l'autre, nazi et soviétique, formant un couple infernal. De part et d'autre, on préconisait, vers 1937, les statues d'athlètes musculairement réalistes, nues chez les nazis, caleçonnées chez les bolcheviks. La différence était mince.

l Alors que le régime nazi  avait brûlé le 20 mars1939 5 000 œuvres d'artistes dits «dégénérés» , a partir du début de la guerre  à l’été 1939 les enlèvements du patrimoine artistique des pays vaincus s’accélérèrent. A partir de 1943autodafe (chute du fascisme italien) les chefs-d'œuvre du musée des Offices de Florence furent stockés dans le Tyrol germanophone. L'historienne Dominique Liechtenhan a étudié les réseaux de ces divers trafics. En France, les nouveaux maîtres berlinois faisaient semblant de payer leurs « acquisitions » artistiques mais dans les pays tchèques ou polonais, les Allemands ne se gênèrent pas pillant la décoration interne du château de Varsovie ; les Vinci, Raphaël et Rembrandt des collections des aristocrates polonais.  S’y ajoutent les centaines de millionde volumes dérobés en Russie et confiés d'autorité à la Bibliothèque nationale de Prusse ou à quelques autres. L'illustre « chambre d'ambre » de Tsarkoié-Sélo, expédiée vers Königsberg, a disparu à jamais dans les décombres de cette ville alors prussienne, et il en subsiste quelques parcelles que les antiquaires se disputent. Les bilans chiffrés de ces déprédations, établis par le gouvernement de Moscou en 1943-1944 (100M de liasses d'archives, 80 M de volumes subtilisés, etc.), sont sujets à caution, puisque les évêques russes, avec lesquels Staline s'était réconcilié, ajoutaient aux chiffres réels les dégâts commis par les bolcheviks à l'encontre de l'Eglise, pour en faire porter la responsabilité aux hitlériens.

l Et puis, en 1944-1945, le pendule repart en sens inverse, ce fut l'immense déménagement effectué par l'armée Rouge aux dépens des trésors des musées de Berlin, Dresde, Leipzig. Les « brigades des trophées »  fouillaient les galeries de mines et autres cachettes dans lesquelles Hitler et Goering avaient entreposé à la fin de la guerre, l'immense produit de leurs larcins : l'autel de Pergame et les retables baroques,  l'Adam et Eve, de Cranach et de médiocres peintures allemandes du XIXe siècle, quittait définitivement la Saxe en direction de la Sainte Russie. Mais tout cela est resté secret ou presque jusqu'en 1989. Quelques expositions des fabuleux trésors (cachés depuis 1945) sont réalisées à Moscou. Le président Eltsine a promis au chancelier Kohl d'opérer certaines restitutions. Mais les partis rouges-bruns de la Douma, communistes et nationalistes, appuyés par quelques conservateurs des musées russes, ont fait échec à cet accord.

 

I – LA GUERRE DES MUSEES DANS L’EUROPE OCCUPEE PAR LES NAZIS :

 
Hitler, le peintre raté, rêva de créer en Autriche, à  Linz, sa ville natale et celle de son enfance, un gigantesque musée témoin de sa grandeur et de celle de l’Allemagne.  Il en avait lui-même dessiné les plans et tout au long de la guerre, travailla à son édification en organisant le pillage des plus grandes oeuvres de ce qu’il appelait “l’art véritable” (par opposition à l’“art dégénéré” de la modernité). Quitte à rappeler à l’ordre le fidèle Gœring dont la voracité de collectionneur fit parfois de l’ombre à l’entreprise.

Führermuseum 2Führermuseum 3
Hitler museeFührermuseum 6

  l Dès 1938, un galeriste de Dresde, Hans Posse, nommé responsable du projet, fit établir des listes de chefs-d’œuvre  d'art germanique ainsi que des chefs-d'œuvre  d'art étranger à voler dans les grands musées d’Europe - et jusque dans les châteaux de la famille royale britannique. Seul responsable des acquisitions en 1939 (par achats ou saisies) pour le futur musée de Linz.

Hitler voulait faire du chef d'œuvre de Jan van Eyck "L'Adoration de l'Agneau Mystique" , la pièce maîtresse du musée de Linz (transporté en hâte, devant l'avancée des nazis, pour être mis sous la protection du pape, au Vatican, mais l'Italie entrant en guerre, il fut déplacé de cache en cache à travers les champs de bataille jusqu’à Pau et finalement remis par le gouvernement de Vichy, à l’été 1942, non sans réticences, aux Allemands. Il est finalement rentré en Belgique dans son église d'origine, Saint Bavon à Gand, mais un des dix panneaux dont il est constitué n'a pas été retrouvé à ce jour… ) avec des œuvres de Léonard de Vinci et de Raphaël, de Bruegel ou Rembrandt… Ce musée de Linz entendait ainsi prouver la supériorité de l'art Aryen"musée idéal" selon le dictateur, auquel il rêva jusqu'à l'heure de sa mort.

      l Le 24 juillet 1939 le secrétaire particulier de Hitler, Martin Bormann, informe le Reichskommissar Buerckel etFührermuseum 1 d’autres autorités que les collections saisies dans les territoires conquis doivent être conservées intactesafin que Hitler ou Posse puissent faire leur choix pour le musée de Linz. L’abondante quantité d’objets d’art accumulé sera appelée le "Führervorbehalt" (réserve du Führer) .

Créé en 1940 l'Einsatzstab Reichsleiters Rosenberg (E.R.R.) est à l'origine chargé des opérations de saisie des bibliothèques et des archives, pour mener la "lutte contre le judaïsme et la franc-maçonnerie". Dès septembre 1940, il deviendra le service officiel de confiscation des biens juifs et franc-maçons dans l'Europe occupée. Il est dirigé par le théoricien du régime, Alfred Rosenberg. Le 17 septembre 1940 Hitler donne ordre à la Wehrmacht d'accorder toute l'aide possible à l'E.R.R. et précise que Alfred Rosenberg est "autorisé à transférer en Allemagne les biens culturels qui lui paraissent précieux et à les sauvegarder dans ce pays".

l Le 21 avril 1943 une lettre de Martin Bormann, secrétaire particulier du Führer, à Alfred Rosenberg, demande le transfert de responsabilité de la totalité de objets d’art confisqués par l’E.R.R. aux experts du musée de Linz. L’ordre, décidé par Hitler, vise à la liquidation de l’E.R.R. en faveur de la Mission spéciale Linz . Rosenberg obtient toutefois le maintien des activités de son organisation, celle-ci étant chargée du catalogage des œuvres. Une prolongation d’activité sera finalement accordée à l’E.R.R. pour terminer ses travaux en France et en Allemagne.

l Dès juillet 1943 fut créée aux États-Unis la Roberts Commission (American Commission for the Protection and Salvage of Artistic and Historic Monuments in War Areas). La commission désigne des M.F.A.A. Officers (Monuments, Fine Arts and Archives Officers) chargés d'assister sur le terrain les états-majors pour la récupération d'œuvres d'art.

l début 1945 Goering fit détruire sa résidence de campagne Carinhall. Une grande partie des oeuvres de sa collection est transportée dans des trains spéciaux en Bavière  et arrive à Berchtesgaden et à Unterstein en avril.Führermuseum 4

l En avril 1945 à Munich, le Führerbau est pillé par la foule avant l'entrée des armées américaines. Nombre d'œuvres déposées dans le bâtiment disparaissent. Le Château de Nikolsburg (aujourd'hui en République tchèque), l'un des dépôts de l'E.R.R., est en partie détruit par un incendie au cours de l'avance russe. De nombreuses oeuvres des collections françaises y étaient déposées. Les Soviétiques et le gouvernement tchèque affirmeront ensuite que le château avait été entièrement détruit. Les 10 et 13 avril 1945 Sur ordre du Gauleiter d’Oberdonau Eigruber, des bombes sont placées dans les mines de Alt Aussee, abritant les collections de la Mission spéciale de Linz. Les bombes auraient du éclater avant que les mines ne tombent dans les mains des Alliés mais, le 3 mai, un contrordre du chef SS Kaltenbrunner empêche le désastre.

l A la Commission consultative européenne de Londres, les Britanniques s’opposent à l’utilisation de toute œuvre d’art, y compris celles de propriété allemande, pour les réparations. Ils suggèrent aux États-Unis une politique analogue. Dès mars 1945 Le M.F.A.A. officer Rorimer part en Allemagne, emportant avec lui les listes des dépôts de l'E.R.Rfournies par Rose Valland qui ont également été confiées aux autorités françaises.

 Le 28 avril 1945 l'Armée américaine atteint les dépôts de l'E.R.R. au château de Neuschwanstein. Malgré les transferts, 1300 tableaux des musées de Bavière et de nombreuses œuvres saisies en France s'y trouvent encore, ainsi que toutes les archives de l'E.R.R. D'autres oeuvres saisies par l'E.R.R. seront ensuite trouvées dans le monastère de Buxheim et dans les dépôts de Chiemsee. En mai 1945 l'armée américaine retrouve la collection de Goering à Berchtesgaden.

l L'Art Lofting Investigation Unit de l'O.S.S. (Unité d'enquête sur les spoliations d'œuvres  d'art) commence son activité en Allemagne, après avoir accompli des recherches préliminaires en France, en Angleterre et en Espagne dès la fin novembre 1944  avec une unité d'enquête sur le pillage des oeuvres d'art, composée d'historiens d'art conseillés par la Commission Roberts. Les principaux nazis impliqués dans le domaine de l'art seront interrogés par les responsables du service. Le 20 mai un ordre du S.H.A.E.F. (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force) établit la création en Allemagne de dépôts collecteurs où seront rassemblées les oeuvres d'art repérées par l'armée, le principal "collecting point" sera installé à Munich. 
l       Les œuvres choisies par Hitler :  http://www.dhm.de/datenbank/linzdb/
                 http://www.lexpress.fr/culture/art-plastique/le-musee-d-hitler-sur-internet_543953.html
l      Le 8 mai 1945 les oeuvres destinées au musée de Linz sont retrouvées par l'armée américaine dans les mines autrichiennes d'Alt Aussee   . Le 3 septembre 1945 c’est la restitution officielle de L'Agneau mystique des frères Van Eyck à la Belgique, première restitution d'une œuvre  d'origine reconnue au pays concerné.

                                             

 

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II -  La Guerre du Louvre : (film documentaire de Jean-Claude Bringuier, 2000)

 

l En France dès 1936 les listes des œuvres importantes des musées parisiens et de province sont dressées. Les châteaux, églises et abbayes, utilisables comme dépôts, sont repérés dans chaque département et les itinéraires d'évacuation sont fixés.

Dès 1938 et surtout à l’été 1939, le directeur des musées nationaux Jacques Jaujard organisa l’évacuation des pièces majeures du Louvre et la mise en lieu sûr des collections : 3691 chefs-d'œuvre sont décrochés des cimaises. En 1940 alors que les Allemands avancent vers Paris, 37 convois de 5 à 8 camions chacun, quittent Paris, mêlés aux foules de l'exode et aux chars français qui se replient.  Ils partent d'abord pour le château de Chambord et les châteaux de la Loire, ensuite vers le Sud-Ouest de la France, de l'abbaye de Loc Dieu, près de Villefranche-de-Rouergue au Musée Ingres de Montauban,  pendant l'occupation allemande. A chaque menace, il faut encore et déménager les milliers de caisses et leur trouver un nouveau refuge. En ces temps, les châtelains se transformaient en gardiens de musée. Grâce au dévouement de ces hommes et de ces femmes, à la Libération ces œuvres regagnèrent le Louvre, malgré les nombreux déplacements, les problèmes de place, d'humidité,  aucune œuvre  n'a subi de dommages majeurs.

l Le 30 juin 1940 un ordre de Hitler établit la "mise en sécurité" des objets d'art appartenant à l'État français ou à des particuliers, notamment à des Juifs. Le ministre des Affaires étrangères von Ribbentrop confie la responsabilité du projet à Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris. Otto Abetz ordonne au commandant militaire de Paris la saisie des collections françaises des musées de Paris et de province, ainsi que le recensement et la saisie des œuvres d'art possédées par les Juifs dans les territoires occupés. Les objets précieux doivent être transférés à Paris, à l'ambassade d'Allemagne. Il adresse à la Gestapo la liste des 15 principaux marchands parisiens d'objets d'art, chez qui il demande une saisie des œuvres. Tout transfert d' œuvres d'art  est formellement interdit. Fin juillet 1940 c’est l’installation de l'Einsatzstab Reichsleiters Rosenberg (E.R.R.) à Paris  qui est représenté en France par le baron Kurt von Behr.

l En octobre 1940 l’E.R.R. saisit la bibliothèque Tourgueniev, créée à Paris par des immigrés russes. La collection, comprenant plus de 100 000 volumes, est envoyée à Berlin puis à Prague, où les nazis voulaient fonder un "centre d’études slaves". La collection sera ensuite saisie par l’Armée rouge et envoyée en URSS.

l Le 8 octobre 1940 une note du chef de l'administration militaire allemande donne l'ordre d'enlever de l'ambassadeRose Valland 1 d'Allemagne à Paris les objets d'art saisis par Abetz et de les transporter au Musée du Louvre. Au cours du mois, plusieurs centaines d'œuvres et d'objets d'art seront ainsi déplacés. Le 30 octobre plus de 400 caisses d'œuvres saisies, accumulées au Louvre ou se trouvant encore à l'ambassade d'Allemagne, sont transférées au Jeu de Paume, qui devient le principal lieu de rassemblement des oeuvres saisies par l'E.R.R. Rose Valland, responsable technique du bâtiment, est la seule Française spécialiste d'art autorisée à fréquenter les locaux. Elle se chargera, jusqu'à la Libération de Paris, de recueillir tous les renseignements utiles et de les communiquer à la direction des Musées nationaux. Les oeuvres "d'art dégénéré" sont reléguées dans des salles au fond du Jeu de Paume et seront utilisées pour des échanges avec des œuvres anciennes. Un rapport de Rose Valland  de 1942 donne la liste des œuvres  d'art moderne présentes à cette date au Jeu de Paume, en précisant la collection d'origine.

 Le 31 octobre lors d'une conférence, Jacques Jaujarddirecteur des Musées nationaux, réussit à obtenir de l'E.R.R. un accord pour l'établissement d'un inventaire contradictoire des œuvres rassemblées au Jeu de Paume, dressé par des représentants des autorités allemandes et françaises. À peine commencé par Rose Valland, il est interrompu le 1er novembre sur ordre des Allemands. Cette interruption sera à l'origine des difficultés d'identification des oeuvres saisies, après la guerre. le 18 novembre le Führer se réserve toute décision sur les objets d'art confisqués par les Allemands en territoire occupé. Les œuvres choisies sont destinées à la Mission spéciale de Linz et Hitler autorise la sortie de France d'œuvres saisies par l'E.R.R..

Les 3 et 5 novembre 1940 ce sont les premières visites de Hermann Goering au Jeu de Paume. Une sélection d'œuvres  saisies est exposée., Goering en choisit 27 pour sa collection. Il reviendra au Jeu de Paume plusieurs fois. Suite à un ordre de Goering du 5 février 1941, des œuvres  d'art appartenant aux collections juives saisies et destinées à Hitler et à Goering lui-même partent pour l'Allemagne. Après celle-ci, les expéditions vers l'Allemagne se succèdent jusqu'à la fin de l'occupation. Entre avril 1941 et juillet 1944on peut compter 4 174 caisses, contenant plus de 20 000 lots.

Les saisies de collections juives confiées au Musées nationaux se poursuivent : collections Kapferer, Erlanger, Raymond Hesse, Simon Lévy, Léonce Bernheim enlevées du château de Brissac.

l Entre mai et décembre 1942 ce fut l’évacuation des collections des musées de la région du Nord, de la Normandie et de la Bretagne aux châteaux de Rougère, Baillou, Grand-Lucé. Au mois de mars 1943 ce fut l’évacuation des collections des musées du littoral méditerranéen et de la vallée du Rhône. En 1944 les collections des musées situés le long de la côte atlantique depuis La Rochelle jusqu'à la frontière franco-espagnole sont évacuées vers l'intérieur du pays. D'importantes œuvres de la collection hollandaise Mannheimer, arrivées en région parisienne, quittent Paris pour l'Allemagne, après une vente forcée en faveur du musée de Linz.

l Dans Le Front de l'art, publié en 1961, Rose Valland indique le 27 mai 1943 la destruction d'environ 5 ou 600 œuvres d'art moderne (parmi lesquelles des œuvres de Masson, Miró, Picabia, Valadon, Klee, Ernst, Léger, Picasso, Kisling, La Fresnaye, Marval, Mané-Katz), brûlées par l'E.R.R. dans le jardin intérieur du Jeu de Paume. Elle est le seul témoin de l'affaire. Le 19 juillet  1943 à la suite d'une réunion à Berlin début juillet, une commission de représentants de l'E.R.R. se réunit au Louvre pour décider de l'avenir des oeuvres d'art moderne saisies. Les oeuvres ayant un intérêt économique (tableaux de Courbet, des Impressionnistes, de Bonnard, de Vuillard, de Matisse, de Braque, de Dufy, de Marie Laurencin, etc.) sont préservées et apportées au Jeu de Paume. Les autres oeuvres modernes, rassemblées avec les portraits confisqués aux grandes familles juives, sont tailladées ou découpées et ensuite transportées dans le jardin du Jeu de Paume pour être brûlées.

l En 1944 le centre parisien de l'E.R.R. est fermé par les Allemands. Le dernier rapport de l'E.R.R., rédigé à Berlin, fait état pour la France de 203 collections saisies et 21 903 objets d'art confisqués. Le 1er  août 1944 148 caisses, comportant notamment des œuvres d'art moderne, quittent le Jeu de Paume. Elles seront chargées dans un train, en partance pour Nikolsburg. Les œuvres d'art laissées au Jeu de Paume après le convoi du 1er  août sont évacuées par les Allemands et transportées dans les salles du Louvre réservées à l'E.R.R.

27 juin 1944 sur ordre d’Himmler, la Tapisserie de Bayeux est retirée du château de Sourches et transportée au Louvre. Le 15 août à la suite d’ordres provenant de Berlin, le commandant de la place de Paris, Dietrich von Choltitz, se rend au Louvre pour s’assurer de la présence de la Tapisserie de Bayeux au musée. Quelques jours après, au cours de l’insurrection parisienne, des émissaires SS venus de Berlin renonceront à l’enlever. Le 22 août l'ordre d'Hitler au général von Choltitz de détruire Paris n'est pas exécuté. Le 25 août la division Leclerc entre à Paris et e général von Choltitz signe la reddition à la gare Montparnasse.

Renseigné par Rose Valland et de la Compagnie des Chemins de Fer, un détachement de l'armée de Leclerc s'empare à Aulnay du train (dit ensuite le "train d'Aulnay") contenant le dernier convoi d'œuvres d'art pour l'Allemagne.

l En septembre 1944 c’est la création de la Commission de récupération artistique (C.R.A.) qui assure les formalités de restitution. Les réclamations présentées à la commission porteront sur environ 100 000 objets d'art. Elle sera dotée d'un mandat officiel le 24 novembre. Sous l'autorité d'Albert Henraux, vice-président du Conseil des Musées nationaux, la commission comprend, entre autres, Jacques Jaujard, Rose Valland et René Huyghe. Son siège est symboliquement installé au Jeu de Paume. En liaison avec la C.R.A., l'Office des biens et intérêts privés (O.B.I.P.), lié administrativement à la direction des Affaires économiques du ministère des Affaires étrangères, assure la suite des formalités de restitution.

l En décembre 1944  Rose Valland emmène le M.F.A.A. officer Rorimer dans les locaux de l’E.R.R. à Paris, où sont récupérés de nombreux documents sur l’activité de l’organisation. Le S.H.A.E.F. (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force) reçoit, grâce à Rose Valland, les noms de tous les dépôts de l'E.R.R. hors de France où ont été transportées les oeuvres provenant de ce pays. De nombreux chefs-d'œuvre ont été recueillis dans les châteaux de Bavière à Munich, en Tchécoslovaquie et en Autriche. Ainsi tous ces dépôts sont épargnés par les bombardements aériens.

Rose Valland capitaine 2l Le  4 mai 1945 Rose Valland nommée capitaine reçoit de la 1ère Armée française un ordre de mission de durée illimitée en AllemagneLe 15 septembre 1945 Le quartier général américain lance officiellement le plan de restitution "en bloc" d'œuvres d'art de provenance reconnue, demandant le retour immédiat à Paris de 50 chefs-d'œuvre d'origine française. Le 2 décembre les caisses d'œuvres d'art saisies par l'E.R.R. en France et retrouvées à Neuschwanstein rentrent directement à Paris dans leur emballage d'origine, sans passer par un "collecting point" grâce aux renseignements collectés par Rose Valland.

Plus de 45 000 œuvres et objets d'art restitués à la Commission de récupération artistique, après les saisies nazies, sont rendus à leurs propriétaires légitimes ou à leurs ayants droitLe 30 septembre 1949 un décret met fin à l'activité de la Commission de récupération artistique à partir du 31 décembre 1949 et confie à l'Office de biens et intérêts privés la gestion des dossiers en cours ou futurs. Le décret prévoit la constitution d'une commission censée procéder à un choix parmi les oeuvres non restituées à leur propriétaire. Les œuvres choisies seront attribuées à la Direction des musées de France. Elles seront exposées dès leur entrée dans les musées nationaux ou de province, désignés pour leur dépôt, et inscrites dans un inventaire provisoire mis à la disposition des collectionneurs spoliés. Un délai légal de revendication est prévu. Entre 1950 et 1954 furent exposées au Musée national du château de Compiègne la plupart des 2000 œuvres  (dont 1000 peintures) et objets d'art récupérés et préservés de la vente par la commission de choix, afin de permettre à d'éventuels ayants droit de reconnaître leurs biens. Après cette exposition, ils seront conservés par les musées nationaux ou seront mis en dépôt dans des musées de province. Dans les inventaires provisoires, distincts des inventaires des collections nationales, ils sont indiqués par plusieurs cotes d'identification, mais leur ensemble est communément dénommé "MNR" (Musées Nationaux Récupération).

 

III - QUI ÉTAIT ROSE VALLAND - 1898 –1980- ?

 

SES ORIGINES :  Rose Valland (Rosa Antonia ses vrais prénoms) est née le 1er  novembre 1898 à St Étienne de St Geoirs  lsère, commune de 2.000 habitants dans la plaine de la Bièvre du Dauphiné (où est aujourd'hui implanté l’aéroport de Grenoble). Elle était la fille unique de Rosa Maria Viardin et de François Paul Valland, forgeron au pays.

Après l’école primaire au village, elle poursuit ses études à l’école supérieure de La Côte St André (pays natal du musicien Hector Berlioz). En 1914 elle est reçue 1ère  au concours des Bourses de l’lsère et rejoint l'école normale d’Institutrices de Grenoble où en 1918, elle obtient, en présentant un mémoire ” La pédagogie de l’enseignement du dessin", le Brevet supérieur qui peut lui permettre d’enseigner. Encouragée par ses maîtres, elle s’inscrit à l’École des Beaux-Arts de Lyon où de 1919 à 1922 elle obtient de nombreux prix en : décoration, modelage, anatomie et le Prix de la Société d’Encouragement à l’Art et à l’industrie.

SON PARCOURS ARTISTIQUE À PARIS :  Elle arrive en 1922 à l’École Nationale Supérieure de Beaux-Ans, elle est reçue 6ème sur plus de 300 candidats, au Concours de l’école pour le Professorat à l’enseignement du dessin. En 1922 nous la trouvons à l’École du Louvre où elle reste jusqu’en 1927, elle présente sa thèse en 1931 “Etude de l’évolution du mouvement dans l’Art jusqu'à Giotto, comparaisons iconographiques”. C’est en 1926 qu’elle entre à l’École des Hautes Etudes d’Archéologie Chrétienne et Byzantine, les cours étant combinés avec des cours au Collège de France. Elle présente une “Thèse sur les fresques de la crypte d’Apullée, Vénétie, du Xllème siècle”, qu’elle éditera seulement en 1961. La même année elle est à l’institut d’Art et d’Archéologie de l’Université de Paris où les 3 certificats d’Études Supérieures : d’Histoire de l'Art moderne, d’Archéologie médiévale, d’Archéologie Grecque qu’elle y obtient, constituent le Diplôme d’Art qui, lui-même regroupé avec la thèse du Louvre, représente une Licence spéciale d’Histoire de l’Art et d’Archéologie.

SA VIE DANS LES MUSÉES :  En 1932 elle devient “Attaché bénévole" au Musée des Peintures et Sculptures Étrangères du Jeu de Paume des Tuileries. Elle rédige d'abord le catalogue des collections du musée représentant 32 Écoles. Puis elle travaille à la réalisation d’une quinzaine d’expositions internationales et à leur catalogue.

Elle obtint en 1935, le 1er  Prix du Concours de Chronique Artistique organisé à l’occasion de l’exposition d’Art Italien. Elle écrit également de nombreux articles dans des revues d’Art et des journaux. En 1939 elle sera décorée par le Gouvernement de Lettonie de l’Ordre national des “3 Étoiles”. A la déclaration de guerre elle devient Conservateur du Jeu de Paume.

LA GUERRE : Ses activités d’espionnage et de renseignements sur les exactions et spoliations des nazis de I’E.R.R.  durant les 4 années de l’occupation, alors qu’elle était, à Paris, conservateur au Musée du Jeu de Paume des Tuileries, représente une épopée extraordinaire pour la défense du patrimoine artistique de la France.

Mais, en plus, le Capitaine Beaux-Arts Rose Valland a mené un 2ème combat de 1945 à 1952 en Allemagne occupée- fait souvent  ignoré même des spécialistes et qui représente une action majeure - comme officier attaché à Rose Valland decoreeela récupération et la restitution des œuvres d’Art spoliées en Allemagne et Conseiller à la réinstallation des Musées de l’Allemagne Fédérale, infatigable artisan de la restitution des oeuvres spoliées. Seule reconnaissance, elle est une des femmes les plus décorées de France.

 

CONCLUSION :

Sa ténacité à résister à l’occupant seule au milieu des SS, et son altruisme peuvent être cités en exemple au grand public. Rose Valland était une héroïne qui a accompli une oeuvre extraordinaire pendant et après la guerre de 1939/45. Décédée en 1980, enterrée à St-Étienne de St-Geoirs, Isère, son pays  natal ; elle a fini sa vie dans un complet anonymat elle qui était: Conservateur des Musées NationauxCapitaine de l’Armée FrançaiseLieutenant-Colonel de l’Armée des USAune des femmes les plus décorées de France : Officier de la Légion d’Honneur, Commandeur des Arts et des Lettres, Médaillée de la Résistance, décorée de la Medal of Freedom des USA et Officier de l’Ordre du Mérite de la RFA. Pourtant de nos jours son oeuvre altruiste en faveur de l’art et la culture est trop souvent  occultée par ceux qui commentent l’Histoire et par les acteurs de la mémoire.

 

Bibliographie :

Ouvrages d'historiens et de journalistes

- Cassou (Jean), "Le Pillage par les Allemands des oeuvres d'art et des bibliothèques appartenant à des Juifs en France", Éditions du Centre, Paris, 1947

- Nicholas (Lynn), Le pillage de l'Europe, Paris, Seuil, 1995, 560 p.*

- Kaspi (André), "Les Juifs pendant l'Occupation", Éditions du Seuil, Paris, 1991

- Feliciano (Hector), Le musée disparu, Paris, Austral, 1995, 253 p.

- Bertrand Dorléac (Laurence), "L'Art de la défaite 1940-1944", Éditions du Seuil, Paris, 1993

Le pillage de l'art en France pendant l'Occupation et la situation des 2 000 oeuvres confiées aux Musées nationaux, Isabelle le Masne de Chermont, Didier Schulmann, Mission d'étude sur la spoliation des Juifs de France, Paris, La Documentation française, 2000, 136 p.

 Ouvrages ou articles écrits par des contemporains des faits

- Bazin (Germain), Souvenirs de l'exode du Louvre, Paris, Somogy, 1992, 138 p.

- Bizardel (Yvon), Sous l'Occupation, souvenirs d'un conservateur de musée, Paris, Calmann-Lévy, 1964.

- Florisoone (Michel), "La Commission de récupération artistique", dans Mouseion, vol. 55-56 (1946).

- Valland (Rose) , "Le Front de l'art", Librairie Plon, Paris, 1961

- "Rapports de Rose Valland 1941-1944" conservés aux Archives des Musées nationaux

http://www.lyonpeople.com/index.php?option=com_content&task=view&id=2245&Itemid=99999999

- John Pistone, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, possédait sur ses tablettes un livre d’art ayant appartenu à Adolf Hitler. L’ouvrage contient des dizaines de reproductions d’oeuvres d’art. Il devait guider le choix des oeuvres meublant le musée d’Hitler à Linz (Autriche). L’objet a été retourné à l’Allemagne en janvier 2010 après un passage au musée de la Seconde Guerre mondiale en Louisiane.

http://www.marcgauthier.com/blog/

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mercredi 19 juillet 2023

MATIN MALIA

 

2 Sovietologi: MATIN MALIA 


Martin Malia (1924- 2005), istoric american specializat in istoria Rusiei, considerat unul din marii verterani ai sovietologiei. Doctorat in istorie la Harvard. A predat  la Universitatea Berkeley, din 1958 pana in 1991. Invata singur limba rusa in timpul serviciului militar din Marina americana in timpul celui de al doilea razboi mondial. S-a ocupat de procurarea  fondului de carte in limba rusa pentru Biblioteca Congresului. Malia e autorul unui faimos eseu intitulat To the Stalin Mausoleum, aparut in 1990, pe care l-a semnat cu pseudonimul Z. In acest studiu exploziv, aparut in plina “gorbimanie” occidentala, autorul a prezis esecul reformelor gorbacioviste si inevitabila prabusire a sistemului comunist din URSS. A scris  prefata la versiunea engleza a Cartii negre a comunismului.
In History’s Locomotives. Revolution and the making of the Modern World, 2006,  Malia evalueaza pertinenta dezbaterile intelectuale din secolul XIX si XX pe marginea Revolutiei franceze din 1789 si legatura dintre ideea de revolutie si constituirea lumii moderne
In cartea care l-au facut celebru, The Soviet Tragedy: A History of Socialism in Russia, 1917-1991 (1994), Malia sustine ca Rusia sovietica nu e doar o tara cu probleme, care isi pot gasi o rezolvare intro perspectiva mai mult sau mai putin indepartata   ci “o idiocratie”, un stat fundamentat pe o ideologie gresita in esenta, care conduce societatea rusa ”spre nicaieri”. Dar nu toate profetiile lui Martin Malia s-au adeverit. Intrebat, spre sfarsitul vietii, cum va arata Rusia peste 10 ani, Malia a raspuns ca Rusia va evolua spre o  modernitate normala si ca nu vede vreo posibilitate de “restauratie conservatoare, nationalista sau autoritara”.  Vladimir Putin, noul autocrat rus, a avut grija sa-l infirme.

Opera

1961 - Alexander Herzen and the Birth of Russian Socialism, 1812-1855, Grosset & Dunlap

1994 - The Soviet Tragedy: A History of Socialism in Russia, 1917-1991, Simon and Schuster

1999 - Russia under Western Eyes: From the Bronze Horseman to the Lenin Mausoleum Cambridge, Massachusetts, and London: Belknap Press of Harvard University Press,

2006 - History's Locomotives. Revolution and the making of the Modern World, Yale University 

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mercredi 12 juillet 2023

Gorki - cât de mândru suna acest nume !

                                         Maxim Gorki  / 1 ianuarie 1902

                                Maxim Gorki )1868-1936)


M. G. + Cehov

M. G. +Tolstoi


M.G.+Wells





M.G.+Saliapin






Livres - Bibliographie

Maxime Gorki


Tous les livres de Maxime Gorki


Une collection parfaite pour ceux qui veulent progresser dans l'apprentissage d'une langue tout en se faisant plaisir à la lecture d'un bon roman de littérature étrangère. Page de gauche : le texte de l'auteur en version originale et page de droite : la traduction en français. Rien de plus simple pour améliorer son vocabulaire et sa compréhension…



Nous ? C'est moi‚ c'est vous‚ c'est lui‚ lui‚ nous tous. Oui‚ oui... nous tous ici - les enfants de petits artisans‚ des enfants de gens pauvres... Nous‚ je le dis‚ nous avons eu très faim‚ nous nous sommes beaucoup agités du temps qu'on était jeunes... Nous voulons manger et nous reposer‚ arrivés à l'âge mûr - voilà notre psychologie. Elle ne vous plaît pas‚ Maria Lvovna‚ mais elle est parfaitement naturelle‚ et il ne peut pas y en avoir d'autre ! Avant tout‚ l'être humain‚ très honorable Maria Lvovna‚ et‚ après‚ toutes les autres bêtises... Et donc‚ fichez-nous la paix ! Ce n'est pas parce que vous allez nous injurier‚ et pousser les autres à nous injurier‚ ce n'est pas parce que vous allez nous traiter de lâches et de fainéants que l'un d'entre nous se jettera dans l'activité sociale... Non ! Personne !


Dans un district provincial de l’empire tsariste, un petit monde d’oisifs et de privilégiés vit tranquillement. Mais la pensée socialiste commence à se répandre malgré tout et ce petit monde commence à se diviser. Des ouvriers de l’usine revendiquent et menacent de faire grève. L’un des directeurs, Bardine, serait prêt de céder. Son associé Skrobotov préfère la solution de force. Au cours d’une altercation, Skrobotov est tué. Sa mort est aussitôt exploitée pour rendre Bardine responsable. Les membres de la colonie bourgeoise se rapprochent parce qu’ils ont peur. Le jour se lève sur la répression avec l’arrivée de l’armée...


En 1898, un jeune journaliste de vingt-neuf ans écrit au plus célèbre des dramaturges russes. Celui-ci n’a que huit ans de plus que lui, mais il est déjà une autorité. Et il lui donne des conseils, et il l’encourage. Et voici comment se noue une amitié littéraire entre le jeune Gorki, qui publiera bientôt son premier livre, et Anton Tchekhov, l’auteur de La Mouette. Des lettres à ranger parmi les grandes correspondances de la littérature européenne.



La vie de la famille des Artamonov a des ressemblances avec la série des Rougon-Macquart de Zola. Avec Gorki, l’élément déterminant n’est plus l’hérédité mais le sens de l’action dans la société. Il n’y a pas d’individus déficients dans les trois générations des Artamonov. La rapacité du fondateur est dirigée contre ses concurrents et contre tous ceux qui sont susceptibles d’étouffer son entreprise. Ses fils qui sont beaucoup plus rapaces que constructeurs s’en prennent à la classe ouvrière qui est par eux considérée comme l’obstacle à leur enrichissement. Mais l’enrichissement matériel et financier s’est accompagné d’un appauvrissement spirituel, d’un resserrement du moi, d’une destruction de la personne.Derrière l’arrogance de la réussite pointe le vide d’êtres qui paradent mais vivent dans la crainte de la chute car ils ne créent plus rien. Seul échappera à cette spirale de la disparition des qualités humaines celui des Artamonov qui rejoint le courant révolutionnaire. Ainsi Gorki inscrit le roman de la famille dans la perspective des transformations sociales, au service de tous.



Cessant le travail, les débardeurs, en bandes tapageuses, s'en furent, à travers le port, achetant des victuailles aux marchandes des quais, établies en plein air, et cherchant des coins ombragés pour déjeuner par terre. C'est alors que survint, parmi eux, ce vieux loup sauvage qui avait nom Grichka Tchelkache. Maintes fois, il avait eu maille à partir avec la police. Chez les habitants du quartier du port, il était considéré comme un ivrogne invétéré, doublé d'un voleur audacieux et adroit.



Ce roman se situe à la fin du dix-huitième siècle, dans les merveilleux pays qui bordent la Volga. Le capitalisme y fait des ravages et la classe des riches marchands lutte pour son hégémonie, avec une férocité et une absence de scrupules sans égales. L'un d'eux, Jakob Maiakine, est le type même du négociant cupide et violent, dont le seul but est d'amasser de l'argent et d'assurer sa puissance. Thomas Gordéiev est fils de marchand lui aussi mais écœuré de ses richesses et de son milieu social. C'est un intellectuel, un "prophète" qui acceptera sa déchéance par haine d'un monde mal fait et par amour des hommes.

Ce premier roman de Gorki se voulait résolument politique, mais l'auteur s'est vu dépassé par son propre génie et il a construit surtout un excellent roman humain, dont la densité et la beauté sont restées sans pareilles dans son œuvre.



Tout est dans l'homme, tout est pour l'homme ! L'homme seul existe, tout le reste est l'œuvre de ses mains et de son cerveau. L'homme ! Quel mot magnifique ! Comme cela sonne fier ! Il faut respecter l'homme ! Pas le plaindre, pas l'humilier par la pitié, mais le respecter. Buvons à l'homme, Baron !



Un homme d'une trentaine d'années, grand et de large encolure, se tenait là, l'épaule touchant le cadre de la porte. Son costume était celui d'un vagabond ; sa personne et son visage, ceux d'un vrai Slave. Il avait une blouse rouge vif, indiciblement sale et déchirée, un large pantalon de toile, et, comme chaussures, un pied était dans les débris d'une galoche, l'autre, d'une botte de cuir. Ses cheveux châtain clair s'étaient embroussaillés ; des copeaux, des brins de paille et de papier quelconque sortaient d'entre les mèches, et la même chose dans sa belle barbe rousse qui tombait sur sa poitrine et la recouvrait de son large éventail. Le visage allongé, pâle et fatigué, était éclairé par de grands yeux bleus rêveurs [...]. Il me regarda avec un sourire triste, puis se tut et examina attentivement les passants à pied et en voiture. Une profonde et vague tristesse flottait dans ses yeux bleus et limpides... Le soir tombait, l'air était lourd, poussiéreux, plein de bruits, et les ombres des maisons s'allongeaient sur la route. Konovalov restait assis, le dos contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine, et caressait les poils soyeux de sa barbe. Je voyais obliquement son visage allongé et pâle, et je pensais : " Quel est cet homme ? "

Source : Librairie Générale Française



Portrait étonnant et fort d'une femme du peuple. Pélagie, l'humiliée, la sainte, va devenir le symbole à la fois de la misère et du courage. Face aux persécutions et aux déportations, elle relève le drapeau et reprend le combat de son fils, Paul, et de ses compagnons... Un roman dont la dimension féministe, et l'aspect précurseur, ont sans doute été méconnus.



Ce court roman (1908), considéré par Gorki comme son oeuvre «la plus mûre», salué à sa sortie par un immense concert d'applaudissements - et de sarcasmes (Lénine condamnera sans appel son «mysticisme») -, traduit en français dès 1909 (mais de façon scandaleusement amputée), sera exclu des Œuvres complètes de l'écrivain par la censure marxiste... et condamné, par le fait, à près d'un siècle d'oubli.

C'est donc un quasi inédit que l'on propose aujourd'hui aux lecteurs de langue française. Et un inédit de la meilleure eau...

Raconteur-né (comme Jack London à qui il fait souvent penser), Gorki empoigne dès les premières pages les rênes de sa troïka pour un galop picaresque de sa façon... et fouette, cocher!... Matveï, son héros - qui lui ressemble comme un frère -, fait ses classes sur la route avec les vagabonds, pratique tous les métiers, et finit par trouver la Voie - celle d'un christianisme social parfaitement hérétique - au fil de rencontres hautes en couleur.

La sainte Russie est vaste, et vaste aussi ce court roman qui contient la terre immense. Cette générosité-là, seuls les Russes de la grande espèce savent la pratiquer. Et peu importe, dès lors, qu'on adhère ou non aux idées de l'écrivain, aussi sympathiques qu'irréalistes. Il nous suffit d'aller avec lui sur ces chemins perdus semés d'embûches et de merveilles, qui finissent par rejoindre ceux des Milles et Une Nuits. Marx se perdra en cours de route, et Jésus lui-même... mais nous nous y retrouvons. Et c'est ainsi que Gorki est grand!


Ma vie d’enfant.

Terrible portrait de la Russie au XIXe siècle.

Dès 9 ans, le jeune Gorki commence à travailler. Il plonge dans un univers foncièrement amoral, plein de promiscuité, de saletés et d’obscénités, de violences, d’humiliations, et aussi, d’un ennui exaspérant.

Heureusement, il découvre la littérature qui lui permet de survivre et attise son désir d’apprendre



Troisième volet de l'autobiographie de Gorki, publié en 1923, dix ans après Enfance et En gagnant mon pain. Parti pour Kazan dans l'espoir (vain) d'étudier, l'auteur hante les bas-fonds de la ville et fréquente les étudiants révolutionnaires.



Quand il écrit Paul le malchanceux, Gorki est déjà connu pour ses récits Les Vagabonds qui montrent la vie errante de nombreux réfractaires qui n'arrivent pas à trouver leur place en Russie et partent sur les routes. Pendant des années, Gorki a lui même sillonné la Russie à pied en leur compagnie. Il a appris leur langue riche et épicée, partagé les cellules des salles de police où on les parque, s'est passionné pour les péripéties de leurs vies qui témoignent de l'impossibilité à trouver le bonheur ou l'apaisement. De tout cela il fait l'aliment de ses livres.

Paul s'éprend d'une jeune femme semi-prostituée et cette liaison tourne au drame. Il fait partie de cette galerie de personnages pour qui Gorki a une tendresse particulière parce que personne ne leur apporte l'aide qui pourrait leur faire quitter le rivage du malheur.

L’œuvre de Gorki est hantée par ce besoin de solidarité entre les hommes dont l'absence est le plus sûr moyen de les renvoyer dans un monde où personne n'est plus rien et devient vite un être malfaisant.

On retrouve dans ce roman les qualités de La Mère, de Thomas Gordéiev, de Un premier amour qui ont placé Gorki au premier plan de la littérature mondiale.



J'ai l'impression d'avoir été dans mon enfance comme une ruche où des gens divers, simples et obscurs, apportaient, tels des abeilles, le miel de leur expérience et leurs idées sur la vie ; chacun d'eux, à sa manière, enrichissait généreusement mon âme. Souvent ce miel était impur et amer, mais qu'importe, toute connaissance est un précieux butin.

Photographie de la couvertures que j'ai téléchargé :

La maison du grand-mère de Maxime Gorki. Gorki à Kazan en 1887µ. Gorki avec Tolstoï en 1901. Certificat scolaire du 8 juin 1879. La forteresse de Kazan. Gorki avec Tchékhov en 1900.

Documents B.N.


Découvrez une facette cachée de Maxime Gorki, à travers quatre nouvelles méconnues et inédites dans cette édition bilingue. C’est l’occasion pour la collection d’accueillir – enfin – cet écrivain, l’un des plus talentueux de Russie, et de révéler le « vrai Gorki », celui qui, par son œuvre, véhicule une haute idée de l’homme et de la société humaine.

UNE FOIS, EN AUTOMNE

Les saisons ont cela de réconfortant : elles reviennent chaque année, immuablement. Mais pour le narrateur de cette nouvelle, l’automne est synonyme de pauvreté, de misère. Une fois en automne, il se retrouve sans le sou, sans logement, seul. Un texte fort et émouvant, véritable ode à ceux qui connaissent la faim et le froid.

CAÏN ET ARTÈME

Dans cette nouvelle, Maxime Gorki aborde un mal de son temps : l’antisémitisme. Ce thème raisonne à l’ombre des événements d’un XXe siècle encore naissant, mais demeure universel et, aujourd’hui encore, d’actualité.

UN ÉTRANGE COMPAGNON

Un malheureux cherche dans la nuit un foyer chaleureux et accueillant, où il pourrait passer la nuit. Mais de porte en porte, chacun l’envoie promener plus loin. De dépit, il s’éloigne de la ville et trouve refuge dans une grange. Il tombe alors sur un étrange compagnon…

LES FERMOIRS D’ARGENT

Trois amis rencontrent une étrange vieille femme. Elle est plongée dans un épais livre, posé sur ses genoux. Un mystérieux livre aux fermoirs d’argent.